En 2027, une rose de la Maison Meilland rejoindra la station privée Vast, maintenue en dormance puis réveillée par le système d’intelligence artificielle qui régule déjà les serres fournissant L’Oréal, Robertet et DSM-Firmenich. La mission, baptisée Petit Prince, doit ensuite atteindre la Lune en 2028.
50 mètres carrés
50 mètres carrés de culture contrôlée : c’est, selon les calculs de la société française Interstellar Lab, la surface nécessaire pour couvrir l’intégralité des besoins vitaux d’un être humain en orbite — nourriture, oxygène, recyclage de l’eau et du dioxyde de carbone compris. Le chiffre a été établi pour des stations spatiales qui n’existent pas encore. Il sert pourtant déjà, depuis plusieurs années, à dimensionner des serres bien réelles, installées en France, pour des Maisons qui n’ont jamais eu l’intention de quitter la Terre.
Une serre, deux marchés
Interstellar Lab est née en 2018 au NASA Ames Research Center, en Californie, d’un projet de serre lunaire gonflable conçu pour héberger une vie humaine sur la Lune puis sur Mars. Le système de pilotage développé pour cette ambition — un ensemble de capteurs et d’une intelligence artificielle qui ajuste en continu température, humidité et lumière — a depuis trouvé un second marché, terrestre : celui des ingrédients de parfumerie. L’Oréal, Robertet et DSM-Firmenich font aujourd’hui pousser certaines de leurs fleurs dans ces structures, sous un éclairage rose caractéristique — un mélange de longueurs d’onde bleues et rouges, les seules que la chlorophylle absorbe pour la photosynthèse. Cette année, la technologie a été retenue par la NASA parmi ses 26 retombées technologiques annuelles, sur quatre pages — une reconnaissance que la société attendait depuis sa fondation.
La rose qui a déjà un nom
La prochaine étape de ce système ne concerne plus l’industrie cosmétique mais l’orbite basse. En 2027, une rose sélectionnée par la Maison Meilland — entreprise familiale française vieille de 200 ans, qui créa en son temps la rose Peace pour marquer la fondation des Nations unies — embarquera à bord d’un vaisseau Dragon de SpaceX vers la station privée Vast. Le système conçu pour la transporter a délibérément été pensé pour s’adapter à plusieurs stations concurrentes — Axiom, Starlab, Voyager — plutôt que pour dépendre d’une seule. Quatre missions habitées se succéderont sur trois ans d’orbite. Le choix de l’espèce n’a rien d’arbitraire : contrairement aux légumes-feuilles habituellement cultivés en orbite, la rose est une plante pérenne, exigeante, capable de fleurir puis de se rendormir — une qualité que la mission compte exploiter directement pour de futurs transits plus longs.
Le Détail. Pendant les douze jours de transit vers la station, la rose ne reçoit ni lumière ni air : elle voyage immergée dans une solution aqueuse, dans l’obscurité, à l’intérieur d’un sac isotherme porté par l’astronaute. Une fois la station atteinte, le réveil se fait par paliers — dioxyde de carbone, humidité, puis lumière — sur plusieurs jours. Le même protocole, étendu à six mois de dormance, est à l’étude pour un futur transit vers Mars.
Ce que l’orbite révèle
La mission, nommée Petit Prince en hommage à Antoine de Saint-Exupéry et conduite avec la fondation qui porte son nom, programme une étape lunaire en 2028 avec le rover de la société Astrolab — une tentative inédite : aucune plante n’a encore fleuri sur la Lune. Mais derrière l’hommage littéraire, la mission répond aussi à une question moins romanesque. Privées de gravité, les plantes accélèrent leurs processus biologiques et modifient leur production de métabolites secondaires — les mêmes composés que recherchent les industries pharmaceutique et cosmétique. Entre deux relevés scientifiques, les astronautes prélèveront pétales et composés volatils — la rose, sous contrainte, en libère davantage. Interstellar Lab prévoit de comparer, molécule par molécule, la rose orbitale à sa jumelle restée sur Terre.
Une partie des recettes d’une future commercialisation de cette rose ira à des programmes éducatifs de la fondation Saint-Exupéry — la mission tient à le préciser. Reste une question qu’elle ne tranche pas : l’orbite est-elle ici un décor pour une fable, ou un laboratoire pour une matière première qu’aucune terre, fût-elle française, ne pourra jamais reproduire ?

