Dans l’univers feutré des single malts français, Rozelieures poursuit une voie singulière : celle d’un whisky de terroir qui ne cherche pas à imiter l’Écosse, mais à raconter autrement la patience, le bois, le grain et le climat. Avec le Single Cask Coloma, la distillerie lorraine ajoute une nouvelle variation à sa collection Fût Unique, pensée comme un terrain d’expérimentation aromatique où chaque barrique devient presque un instrument.
Cette nouvelle référence s’inscrit dans une conversation à trois voix : le whisky, le rhum et le café. Après un précédent vieillissement en fût de rhum martiniquais HSE, Rozelieures regarde cette fois vers la Colombie, à travers un échange de fût avec la distillerie Coloma, connue pour ses affinages en ex-fûts de liqueur de café. Le geste n’a rien d’anecdotique. Dans un marché où les finishs se multiplient parfois comme des effets de manche, Rozelieures semble ici chercher moins la démonstration que l’équilibre : une empreinte exotique, mais lisible ; une gourmandise, mais tenue.
Le fût a d’abord connu le climat tropical colombien, où le rhum Coloma a vieilli sous l’effet d’une part des anges généreuse. Puis il a accueilli le whisky Rozelieures dans le chai sec des Hautes Vosges. Deux climats, deux temporalités, deux respirations du bois. Le résultat est un single cask non tourbé à 46% alc., marqué par des notes de café, de cacao et de caramel, comme si l’élevage avait déposé sur le whisky un voile sombre, presque pâtissier.
Au nez, la maison annonce l’intensité du chocolat noir, de la fève de cacao et du caramel, relevée par une touche fruitée de coing. En bouche, l’image devient plus précise encore : celle d’un irish coffee, avec une texture enveloppante, des accents de crème brûlée vanillée, puis une finale persistante sur le café et le chocolat noir. On imagine un whisky de fin de dîner, plus salon que comptoir, davantage conversation lente que dégustation pressée.
Ce qui rend Rozelieures intéressant dans le paysage des spiritueux français tient aussi à sa manière de penser le vieillissement comme une grammaire. La collection Fût Unique est décrite par la maison comme « l’orgue à parfums » de Christophe et Maxime Dupic. L’expression est juste : elle dit la précision du choix, le jeu des registres, l’art de faire vibrer une matière première sans la couvrir.
La distillerie dispose de plus de 90 types de fûts différents et de 5 chais de vieillissement, chacun apportant son propre langage. Le chai historique dans le grenier de la distillerie, le nouveau chai semi-enterré inauguré en 2024, la cave voûtée et humide au cœur du village de Rozelieures, les barriques abritées à Bainville-sur-Madon au Fort Pélissier, ou encore le site de la Malterie des Hautes-Vosges, dans une atmosphère sèche et montagnarde : autant de lieux qui transforment le temps en nuance.
Cette géographie du vieillissement donne au Single Cask Coloma une profondeur qui dépasse la simple idée de finish. Le whisky ne se contente pas de passer par un fût aromatique ; il hérite d’un climat, d’une mémoire, d’une ancienne vie du bois. Dans le luxe, cette idée de transmission invisible est essentielle. Elle rapproche le spiritueux de la haute parfumerie, de la maroquinerie ou de l’horlogerie : ce que l’on perçoit immédiatement n’est que la surface d’un travail beaucoup plus lent.
Située entre Nancy et Épinal, la ferme-malterie-distillerie Rozelieures est conduite par la famille Grallet-Dupic depuis huit générations. Elle revendique un modèle rare d’intégration verticale : céréales, maltage, brassage, distillation et vieillissement sont réalisés maison, avec autonomie énergétique incluse. Cette maîtrise complète du processus en fait l’un des acteurs les plus structurés du whisky français, et selon la maison, le plus important producteur de single malts en France.
Proposé au tarif public de 64€ TTC, disponible chez les cavistes et en épiceries fines, et distribué par Dugas, le Single Cask Coloma se positionne comme une expression accessible mais distinctive. Un whisky pour amateurs curieux, sensibles aux élevages singuliers, mais aussi pour ceux qui aiment les spiritueux capables de raconter une histoire sans hausser la voix.
Rozelieures signe ici une bouteille de passage : entre continent européen et imaginaire colombien, entre rigueur céréalière et sensualité torréfiée, entre chai vosgien et mémoire tropicale. Une façon élégante de rappeler que le whisky français, lorsqu’il assume pleinement son identité, peut devenir non pas une copie, mais une destination.




