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Le Mandarin Oriental, Paris et le paradoxe du potager

by pascal iakovou
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Rue Saint-Honoré, à quelques pas de la place Vendôme, un hôtel de 96 chambres et 39 suites a fait pousser des herbes sur son toit. Ce n’est pas une métaphore.

L’été 2026 du Mandarin Oriental, Paris se construit autour d’une cohérence discrète que le communiqué de presse n’articule pas vraiment : plusieurs des créations de la saison — un Sunset Spritz au Bar 8, un Botanica à base de concombre et de menthe, une déclinaison d’entrées végétales au Camélia — empruntent leurs arômes au potager installé sur la toiture de l’établissement. La Cheffe de cuisine Nina Haradji et le bar travaillent depuis le même point de départ, quelques étages au-dessus des tables. Dans un périmètre où le mètre carré interdit à peu près tout ce qui pousse, c’est une position qui mérite attention.

L’architecture d’un lieu à quatre mains

L’hôtel lui-même est une construction à signatures multiples. Jean-Michel Wilmotte a supervisé l’architecture générale ; Sybille de Margerie a signé la décoration des chambres, du Spa et des espaces publics ; le duo Gilles & Boissier a conçu la suite principale ; l’agence Jouin-Manku a pris en charge l’architecture intérieure du bar et des restaurants. Quatre lectures d’un même espace, dont la cohérence repose moins sur une unité stylistique que sur la tension entre leurs vocabulaires respectifs. Le jardin intérieur — terrasse arborée ouverte du lundi au vendredi de midi à 22h30 — est le point de convergence de ces lignes.

C’est dans ce jardin que le Camélia déploie ses brunchs d’été sous la direction de Nina Haradji. La cuisine à la braise structure le menu dominical : des Asperges vertes grillées au barbecue et moutardées, un Carpaccio de tomate et huile d’aneth, des Gambas géantes ou un Faux filet Jersiais préparés en live-cooking, chacun servi avec trois accompagnements au choix. Ce n’est pas une cuisine d’hôtel au sens ordinaire du terme — c’est une cuisine de terrasse qui assume sa saisonnalité sans la dramatiser.

La pâtisserie comme géométrie

Julien Dugourd, Chef Pâtissier Consultant, occupe une position particulière dans la séquence culinaire. Sa Pavlova fraise-rhubarbe, son Saint-Honoré vanille caramel, et les six créations glacées de l’été (citron basilic, barre glacée chocolat-caramel-cacahuète, vanille, chocolat, fraise, vanille fruits rouges) ne cherchent pas à effacer les références — elles les reformulent. Sa pâtisserie Jeu, Set & Match, servie au Bar 8 jusqu’au 7 juin, superpose croustillant, confit citron, biscuit citron, gel estragon et mousse vanille-citron dans une architecture aussi graphique que calibrée. L’estragon dans une pâtisserie citronnée n’est pas un hasard de saison : c’est une décision technique sur l’amertume végétale.


Le goûter d’été au Camélia (disponible dès le 1er mai, 15h–17h30, à 68 euros par personne) comprend une Tarte inversée à la framboise, un Citron-estragon croustillant, une Fraise Rhubarbe et un Feuille à feuille au chocolat praliné — cinq pièces qui dessinent la gamme aromatique de Julien Dugourd autour d’une seule logique : l’acidité comme fil conducteur, la texture comme argument.


Le potager comme position

Le Botanica — concombre frais, menthe, liqueur Saint-Germain — est présenté comme un cocktail inspiré du potager sur le toit. Le Sunset Spritz a été imaginé en collaboration directe entre Nina Haradji et le bar, à partir des herbes et aromates du même espace. Ce circuit court à l’intérieur d’un hôtel de palace, sur la rive la plus dense du premier arrondissement, n’est pas un argument écologique. C’est une affirmation de maîtrise : nous produisons ce que nous servons, à quelques mètres de distance.

Dans le luxe hôtelier parisien, la provenance est habituellement une question de fournisseurs nommés — tel traiteur, telle maison de marée, tel domaine viticole. L’intégration verticale jusqu’au potager de toiture représente autre chose : une tentative de refermer la chaîne à l’intérieur même du bâtiment. Si le geste reste symbolique à l’échelle d’un restaurant, il dit quelque chose sur l’évolution des attentes des hôtes pour qui la traçabilité est devenue une composante du plaisir.

Pour cet été, les Domaines Ott★ accompagnent les déjeuners en terrasse. Le Spa, en partenariat renouvelé avec Evoleum, propose deux soins séquentiels : un rituel d’exfoliation de trente minutes suivi d’un massage de soixante minutes en juillet, puis un massage drainant de quatre-vingts minutes complété par des bandes de cryothérapie en août. La saison a une dramaturgie interne, du potager à la table, du bar à la peau. Elle n’est pas si mal construite.

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