Il y a dans le 16e arrondissement un bâtiment qui a toujours refusé d’être parisien au sens strict. Conçu dans les années 1920 par l’architecte Lucien Pollet sur le modèle d’un paquebot — coursives, volumes horizontaux, rapport à l’eau comme donnée structurante —, l’hôtel Molitor a ouvert son rooftop pour la saison 2026 avec une inflexion nouvelle : une carte et une scénographie orientées vers le bassin méditerranéen, du sud de la France à la Grèce en passant par les côtes italiennes et le Levant.
La métaphore nautique n’est pas neuve. Elle est inscrite dans la pierre. Ce que la refonte de cette saison accomplit, c’est sa mise à jour : là où le paquebot de Pollet naviguait dans un imaginaire générique de l’entre-deux-guerres, le rooftop 2026 ancre son voyage dans une géographie précise, climatique et culinaire. Tons jaune soleil et bleu azur, canapés larges conçus pour la table partagée, vue sur le bassin historique du rez-de-chaussée en contrebas.
La carte dit quelque chose de similaire. Vitello tonnato aux câpres, poulpe rôti au paprika fumé, dorade au citron caviar : des pièces qui n’ont pas besoin d’être françaises pour être justes dans ce contexte. Les partenariats boissons — champagnes Pommery, rosés Minuty, Gin Mare aux botaniques méditerranéennes sur Fever-Tree — construisent une cohérence de registre plutôt qu’un assemblage d’enseignes. Le cocktail signature, Rosé Riviera, combine le rosé Minuty, la pêche et le romarin : trois références méridionales sans artifice.
Encadré — Le bâtiment Conçu par Lucien Pollet, le Molitor ouvre en 1929 comme piscine publique. Fermé en 1989, squatté, racheté et rénové, il rouvre en 2014 sous pavillon MGallery. Le bassin extérieur, classé, demeure la colonne vertébrale architecturale du lieu. Le rooftop — accessible depuis la saison 2026 en configuration restaurant et bar, ouvert sept jours sur sept de 17h à 1h — surplombe ce bassin d’une centaine de mètres carrés dédiés à une offre restauration midi et soir (plats à partir de 27€, cocktails à partir de 18€).
Ce que Paris fait depuis une décennie avec ses toits — les transformer en destinations autonomes, lisibles comme des adresses à part entière plutôt que comme des extensions d’hôtels — le Molitor le pratique avec un avantage structural que peu de concurrents possèdent : une cohérence entre le lieu d’origine, sa mythologie et sa projection vers l’extérieur. Le bassin n’est pas un détail décoratif. Il est la raison pour laquelle la métaphore du large tient, au Molitor, mieux qu’ailleurs.
La saison a ouvert le 14 mai.








