C.P. Company à Copenhague : quand l’archive devient création

by PASCAL IAKOVOU
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Du 4 au 6 août, au cœur de Copenhague, C.P. Company n’a pas exposé un musée : elle a ouvert un chantier. « People Make The Clothes, Clothes Make The People » n’a pas raconté cinquante ans de sportswear italien comme on raconte un héritage figé sous verre. Elle l’a remis en mouvement, pièce après pièce, main après main.

L’exposition a pris place à Other Circle, plateforme pluridisciplinaire qui réunit à Copenhague design, mode et culture contemporaine — un choix de lieu qui disait déjà quelque chose du geste : sortir l’archive du cercle fermé des maisons pour la confronter à un public qui n’avait pas grandi avec Massimo Osti. La première salle réunissait une sélection de pièces iconiques organisées en sections thématiques, des premières expérimentations graphiques d’Osti sur t-shirts et mailles au début des années 1970 jusqu’aux versions les plus représentatives de la Goggle Jacket et de l’Explorer Jacket, en passant par les recherches sur des traitements comme le Tinto Terra ou le GORE-TEX teint en pièce. Chaque vêtement portait la signature d’un des designers qui avaient succédé à Osti à la direction créative — Moreno Ferrari, Alessandro Pungetti, Paul Harvey, Leonardo Fasolo — comme autant de strates d’une même conversation continuée dans le temps.

Le titre de l’exposition n’était pas un slogan. Il exprimait un principe que C.P. Company situait au cœur de son identité : le rôle central du facteur humain à chaque étape du processus créatif. Un hommage aux intuitions nées de l’expérimentation pratique, ce même esprit qui poussait la marque à innover sans relâche en explorant de nouvelles dimensions de fonctionnalité et d’esthétique. Derrière chaque vêtement, insistait la maison, il y avait les mains et la vision de celles et ceux qui l’avaient imaginé, conçu, puis transformé en marqueur d’identité pour des communautés entières — du football au sport automobile, en passant par la musique. C’est peut-être là que se jouait la vraie proposition de l’exposition : traiter l’archive non comme un dépôt de mémoire mais comme un outil de préservation, de recherche et d’étude, le cœur battant d’où naissait chaque idée de design. Un passé qui n’était pas simplement observé, mais habité et continuellement réinventé.

La présentation elle-même s’inscrivait dans une histoire de méthode. Les vêtements d’archives étaient montrés comme des documents, selon un procédé développé par Massimo Osti et présenté pour la première fois lors de la rétrospective berlinoise du 15e anniversaire de la marque, en 1987, puis réintroduit à l’occasion du 50e anniversaire en 2021. Ce système, devenu l’un des éléments les plus reconnaissables du langage d’exposition de C.P. Company, revenait ici comme partie intégrante d’un récit qui ne cherchait pas la nostalgie mais la continuité. La seconde salle, elle, était tout entière consacrée à la teinture en pièce — la technique qui, plus que toute autre, définit l’identité de la maison. En son centre, une installation cylindrique présentait une seule veste teinte selon une progression de couleurs, révélant à travers ses gradations infinies la part presque alchimique de ce savoir-faire.

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