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PAOZ by Philippe Airaud ou la joaillerie du geste fonctionnel

by pascal iakovou
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Dans sa collection PAOZ, Philippe Airaud s’intéresse à des formes rarement associées à la joaillerie traditionnelle : une épingle de kilt, un mousqueton, un simple trait d’or posé sur le poignet. À travers ces pièces réalisées en or recyclé et diamant de synthèse, le créateur interroge une question ancienne : à quel moment un objet utilitaire devient-il un bijou ?  

La joaillerie a longtemps puisé son vocabulaire dans la nature. Fleurs, feuillages, animaux ou constellations constituent depuis des siècles son répertoire formel. Philippe Airaud emprunte un autre chemin. Les lignes de PAOZ semblent provenir du monde des outils, des accessoires vestimentaires ou des mécanismes du quotidien.

La collection présentée à l’occasion de la Fête des Pères s’organise autour de deux familles distinctes. D’un côté, la ligne Millimeter. De l’autre, la ligne Oz. Toutes deux partagent une même fascination pour la réduction formelle : conserver le strict nécessaire jusqu’à ce que l’objet atteigne une forme d’évidence.  

Le bracelet Millimeter en offre la démonstration la plus directe. Visible sur les visuels du dossier, il se résume à un cercle d’or extrêmement fin dont la fermeture évoque discrètement l’univers de l’épingle de sûreté. La pièce ne cherche ni le volume ni l’accumulation. Son intérêt réside dans la précision de la ligne et dans la tension créée entre présence et quasi-disparition.  

Cette réflexion se prolonge avec l’épingle de kilt Millimeter. L’objet appartient historiquement au vestiaire masculin écossais. Ici, sa fonction première s’efface au profit d’un usage plus libre : portée comme une épingle à cravate ou sur le revers d’une veste, elle agit comme un signe graphique plutôt que comme un ornement traditionnel. Associée à un pendentif de la ligne Trilogie, elle retrouve même une dimension ludique que la joaillerie masculine a souvent eu tendance à écarter.  

La pièce la plus intéressante demeure sans doute le mousqueton Carabiner de la ligne Oz. Le mousqueton appartient normalement au monde de l’escalade, de la marine ou des équipements techniques. Philippe Airaud en conserve la silhouette essentielle mais la transpose dans l’univers précieux grâce à l’or recyclé et à l’intégration de diamants de synthèse inversés. Le détail est révélateur : les pierres ne sont pas utilisées comme un centre d’attention mais comme une ponctuation discrète venant souligner la mécanique de l’objet.  

Lancée en 2024 à la suite de la collaboration entre Philippe Airaud et DFLY Paris, PAOZ revendique une joaillerie contemporaine nourrie par des références inattendues. Inspirée par Oz, le chihuahua du créateur, la collection pourrait sembler légère dans son point de départ. Pourtant, derrière cette origine personnelle se dessine une réflexion plus large sur la place du bijou masculin aujourd’hui : moins symbole de statut que prolongement d’un usage, d’un geste ou d’un détail de construction.  

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