Home ModeFashion WeekPucci L’Alba : la lumière sicilienne comme matière première

Pucci L’Alba : la lumière sicilienne comme matière première

by pascal iakovou
0 comments

Ortigia, île dans l’île, posée à l’embouchure de Syracuse. La Grotta dei Cordari s’y ouvre sur la mer intérieure — une cavité creusée par les Grecs, reprise par les artisans cordiers pendant des siècles, aujourd’hui rendue à la roche et à la lumière filtrée. C’est là, le 17 avril 2026, que Camille Miceli a choisi de montrer L’Alba, la dernière collection Pucci. Le choix du lieu n’est pas anodin : quand la surface de pierre retourne la lumière sur elle-même, les imprimés Occhi, Soleil et Vivara cessent d’être des motifs pour devenir des sources.

La collection repart d’un territoire que Pucci occupe depuis Emilio : la Méditerranée comme état mental. Ibiza des années soixante, nuits de plage, bijoux qui débordent sur la peau. Mais Miceli déplace le centre de gravité — moins la fête que son seuil, cet instant entre quatre et six heures du matin où la nuit n’a pas encore rendu les armes. Orange vif, rouge, fuchsia sur fond noir dans les imprimés Occhi et Vivara ; rose saturé qui s’atténue comme brûlé par un soleil naissant. La palette n’illustre pas l’aube — elle en reproduit la physique chromatique.

La matière travaille dans la même direction. Les foulards en soie sont retravaillés en robes, tops, jupes : la pièce de tissu originelle reste lisible sous la construction, comme si le vêtement n’avait pas tout à fait oublié d’être un carré. Les jerseys lurex semi-transparents à impression or-sur-or produisent, à la lumière rasante, une surface qui change selon l’angle — même logique que les parois de la grotte. La résille brodée de paillettes, elle, renvoie aux nuits plutôt qu’au matin ; sa présence dans la collection signale que L’Alba documente la transition, pas l’une de ses extrémités.

Les bijoux prolongent le raisonnement. La bague Warrior, allongée, et une seconde pièce à monture élastique centrée d’une pierre rouge — conçue pour migrer des doigts aux orteils — sont des objets qui refusent l’assignation. Même logique pour le sac Pupa : cuir aux formes organiques d’un objet sculpté, ou panier d’osier recouvert de soie selon la version. Deux matières, deux régimes de valeur, un seul geste d’ambiguïté assumée.

Ce que Miceli construit chez Pucci depuis son arrivée tient à une cohérence de méthode plus qu’à un changement de vocabulaire : prendre le patrimoine imprimé de la Maison non comme héritage à gérer, mais comme langage actif. L’Alba en est la démonstration la plus rigoureuse — une collection qui se pose la question de ce que les imprimés Pucci font à la lumière, avant de se demander ce qu’ils font au corps.

Related Articles