Avec Excalibur Lady of the Lake, la Manufacture Roger Dubuis ne se contente pas d’ajouter une montre féminine à sa collection Excalibur. Elle déplace le centre du récit. Le mythe arthurien, souvent gouverné par les figures masculines du roi, du chevalier et de l’épée, trouve ici son point d’entrée par Viviane, Dame du Lac, gardienne d’Excalibur et figure de savoir autant que de pouvoir.
Le choix n’est pas anodin. Dans les récits arthuriens, la Dame du Lac est associée à l’apparition d’Excalibur et à l’éducation de Lancelot ; chez Thomas Malory, elle habite un château enchanté sous la surface d’un lac magique. Roger Dubuis reprend cette matière littéraire non comme décor, mais comme principe de construction : le cadran devient une surface d’eau, stratifiée, mobile, presque topographique.
La version Sylvan Green, référence RDDBEX1198, concentre l’exercice. La pièce repose sur un cadran en marqueterie tridimensionnelle de nacre verte, agencée en ondes. Chaque fragment est laqué dans différentes nuances de vert, puis inséré dans des loges en forme de vagues creusées dans le laiton. Les contours métalliques, polis à la main et traités or rose, dessinent une cartographie discrète du lac, moins illustrative que structurelle.
Autour de ce centre, le réhaut à double surface joue le rôle d’un cadre architectural. Traitement CVD, finition azurée sur le dessus, côté opalin, index polis plaqués or rose et vernis en leur centre : Roger Dubuis installe le relief par couches successives plutôt que par simple décoration. À six heures, la petite seconde est confiée à un disque rotatif en nacre vernie, ponctué d’un cabochon de pierre de lune. Le détail pourrait paraître poétique ; il est surtout mécanique, car l’ajout d’un indicateur minéral sur un disque mobile impose une attention particulière au poids, à l’équilibre et à la friction.
Le boîtier de 36 mm en or rose 750/1000 prolonge cette tension entre bijou et montre. Son épaisseur de 9,85 mm, son fond ouvert, sa lunette cannelée sertie et ses cornes inclinées placent la pièce dans un registre joaillier sans effacer la présence mécanique. La fiche technique indique 56 diamants taille brillant pour environ 0,77 carat sur la référence RDDBEX1198, avec une étanchéité de 3 bar. Le bracelet en alligator à effet perlato, interchangeable par barrettes à ergots, reprend la couleur verte du cadran sans chercher le contraste.
À l’intérieur, le calibre automatique RD830 anime heures, minutes et petite seconde. Il bat à 4 Hz, soit 28 800 alternances par heure, offre 48 heures de réserve de marche et intègre un rotor en or rose 22 carats. La fiche technique mentionne 183 composants et 27 rubis, avec des ponts traités NAC décorés de Côtes de Genève. Ce choix d’un mouvement automatique visible par le fond s’inscrit dans une position plus intéressante qu’un simple habillage féminin : la montre revendique la mécanique comme partie intégrante de son langage.
Roger Dubuis, fondée en 1995, a construit une part de son identité sur une haute horlogerie expressive, souvent théâtrale, avec une production de mouvements en interne et une relation historique au Poinçon de Genève. La collection Excalibur, lancée comme territoire narratif de la Maison, trouve ici une variation moins martiale que liminale. L’épée n’est plus seulement brandie ; elle est gardée, dissimulée, rendue visible au moment juste.
C’est sans doute là que la pièce échappe au simple exercice de féminisation. Le vert de la nacre n’adoucit pas Excalibur : il en déplace la puissance. Viviane n’est pas une muse appliquée sur un cadran. Elle devient une méthode : celle d’un pouvoir exercé depuis la profondeur, la maîtrise du seuil, l’art d’apparaître sans se livrer entièrement.


















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