Home Horlogerie et JoaillerieVhernier s’installe à Pékin et Shanghai, entre élégance milanaise et nouvelle géographie du luxe chinois

Vhernier s’installe à Pékin et Shanghai, entre élégance milanaise et nouvelle géographie du luxe chinois

by pascal iakovou
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Il y a, chez Vhernier, une manière très milanaise de ne jamais trop en dire. Les bijoux semblent simples, presque évidents, mais cette évidence est trompeuse : elle cache des volumes pensés comme des sculptures, des matières choisies pour leur tension visuelle, une sensualité qui préfère la courbe à l’ornement. En ouvrant deux nouvelles boutiques à Pékin et Shanghai, au sein des hôtels Peninsula, la Maison italienne affirme une ambition claire : inscrire son langage joaillier dans l’une des scènes les plus décisives du luxe contemporain.

Annoncées à Shanghai le 24 avril 2026, ces deux ouvertures marquent une étape stratégique pour Vhernier en Chine continentale. Situées dans deux villes majeures, à la fois économiques, culturelles et profondément sensibles aux codes du style, les boutiques invitent à découvrir un univers où le savoir-faire italien rencontre une approche sculpturale du bijou, fondée sur la pureté des formes, le confort et une sophistication moins démonstrative qu’intérieure.  

Le choix des hôtels Peninsula n’a rien d’anodin. Ces adresses incarnent une certaine idée du luxe asiatique : feutré, international, attentif au rituel du service autant qu’à l’expérience spatiale. Pour Vhernier, dont l’identité repose sur la discrétion des lignes et l’intelligence de la matière, ce cadre apparaît comme un prolongement naturel. Les visuels des boutiques, présentés dans le document officiel, montrent des façades sobres, rythmées par des verticales lumineuses et des intérieurs où les bijoux respirent dans une atmosphère claire, presque architecturée.

Chaque boutique propose une sélection précise des créations Vhernier, avec un espace privilégié dédié à deux collections emblématiques : Abbraccio et Calla. Abbraccio, avec ses formes fluides et enveloppantes en or miroir, exprime l’une des signatures les plus immédiatement reconnaissables de la Maison : une joaillerie de contact, presque tactile, qui semble épouser le corps au lieu de simplement l’orner. Calla, de son côté, affirme une modernité plus essentielle, faite de volumes audacieux et de lignes réduites à leur force la plus pure.

Ces pièces dialoguent avec la nouvelle collection de haute joaillerie Ardis, présentée comme résolument innovante, ainsi qu’avec plusieurs lignes emblématiques de la Maison. Freccia et Palloncino, notamment, mettent en avant la technique Trasparenze, savoir-faire signature grâce auquel Vhernier colore ses formes sculpturales. Cette technique occupe une place centrale dans l’esthétique de la Maison : elle permet à la couleur de ne pas être seulement posée sur le bijou, mais intégrée à sa profondeur.

Les boutiques présentent également des collections serties de pavés à deux griffes, telles que Verso, Pirouette et Tourbillon. Là encore, l’intérêt n’est pas dans la surenchère. Vhernier travaille la lumière de manière lisse, sensuelle, presque liquide. L’or et les diamants y côtoient des matériaux moins attendus dans l’univers classique de la joaillerie : titane, aluminium, bronze, ébène. Cette liberté dans le choix des matières raconte beaucoup de la Maison. Fondée en 1984, inspirée par la sculpture moderne et les courbes du corps, Vhernier a toujours cherché à créer une beauté construite, mais jamais froide ; sophistiquée, mais jamais pesante.

L’architecture des deux boutiques prolonge cette philosophie. Le concept, développé par Matteo Fraticelli du cabinet new-yorkais FROM Architecture, traduit l’identité visuelle de Vhernier en expérience spatiale. Clarté, richesse des matériaux, équilibre des proportions : tout semble pensé pour laisser la joaillerie exister sans bruit inutile. La boutique de Pékin, d’une superficie de 130 mètres carrés, propose une expérience plus ample, articulée autour d’un salon VIP dédié aux rendez-vous sur mesure. Les croquis de bijoux exposés aux murs y rappellent la dimension créative du geste joaillier, tandis que les fauteuils Chinotto de l’architecte milanais Luigi Caccia Dominioni introduisent une note d’héritage italien, presque domestique.

Shanghai adopte une approche plus intime, contemporaine et fluide. L’agencement favorise le dialogue entre les bijoux et leur environnement, comme si la boutique cherchait moins à imposer un décor qu’à créer une circulation du regard. Là où Pékin affirme une forme de résidence privée, Shanghai semble privilégier le mouvement, l’échange, l’élan urbain.

« Shanghai et Pékin représentent une étape naturelle dans notre développement et font suite à l’inauguration récente de la boutique de Hong Kong, qui a rencontré un vif succès auprès de la clientèle locale », déclare Gianluca Brozzetti, vice-président exécutif et directeur général. « Ces ouvertures témoignent de notre volonté de nous implanter durablement et significativement en Chine continentale. »

Cette implantation intervient dans un moment où les Maisons de joaillerie cherchent à renforcer des relations plus directes, plus culturelles et plus expérientielles avec les clientèles locales. Vhernier ne se contente pas d’ouvrir des points de vente : elle installe un langage. Celui d’une joaillerie italienne qui ne ressemble ni aux grandes architectures diamantaires françaises, ni aux récits patrimoniaux anglo-saxons, mais qui avance avec une singularité très nette : la beauté par le volume, la simplicité par la complexité, l’audace par la retenue.

« Shanghai et Pékin possèdent un sens inné du style et leurs habitants ont un goût prononcé pour l’élégance et le véritable savoir-faire artisanal », explique Isabella Traglio, directrice du design et de la recherche et développement. « Certains ont déjà eu l’occasion de découvrir notre Maison lors de leurs voyages à Milan, Paris ou Dubaï, et nous sommes ravis de pouvoir partager notre vision du bijou contemporain avec eux dans leur pays. »

Depuis son entrée dans le groupe Richemont en 2024, Vhernier dispose d’un levier supplémentaire pour accélérer son développement international sans diluer son identité. La Maison compte désormais 20 boutiques monomarques situées dans des quartiers de luxe, notamment à Milan, Rome, Venise, Capri, Paris, Monte-Carlo, Genève, New York, Miami, Beverly Hills et Dubaï. Pékin et Shanghai ne viennent donc pas simplement ajouter deux adresses à une carte mondiale : elles confirment l’installation d’une Maison de niche dans le champ des grands acteurs joailliers internationaux.

Ce qui se joue ici dépasse l’expansion retail. Vhernier apporte en Chine une proposition rare : une joaillerie qui parle le langage du design autant que celui de la préciosité. Dans un marché où les clients les plus avertis ne recherchent plus seulement le symbole, mais la personnalité, cette différence peut devenir un avantage décisif. À Pékin comme à Shanghai, Vhernier ne vient pas crier son nom. Elle vient dessiner une présence.

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