Home ModeLa Forestière Ultra Leggera de Berluti : la veste du garde-chasse et son troisième siècle

La Forestière Ultra Leggera de Berluti : la veste du garde-chasse et son troisième siècle

by pascal iakovou
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La Forestière n’est pas née dans un atelier de mode. Elle est née dans les bois.

Au début du XXe siècle, les gardes forestiers français cherchaient une veste qui tolère l’accroupissement, le pas rapide, l’épaule engagée. Léon Grimbert, fondateur de la maison Arnys au 14 rue de Sèvres à Paris, prit le problème au sérieux : poches profondes, coupe haute dans le dos, aucune entrave à la mobilité. Ce que Grimbert livra n’était pas une veste de chasse — c’était une structure vestimentaire pensée pour le mouvement, habillée en tissu de ville. Arnys fut pendant des décennies l’adresse discrète d’une certaine bourgeoisie intellectuelle de la Rive Gauche qui n’avait pas besoin de crier son élégance.

En 2011, Maison Berluti intégre la Forestière à son premier prêt-à-porter sous la direction d’Alessandro Sartori, absorbant avec elle une généalogie que la plupart des maisons auraient édulcorée. La version Ultra Leggera, présentée pour l’été, prolonge cette translation sans la trahir.

La construction est délibérément partielle. Le corps de la veste est non doublé — choix qui préserve la fluidité du lin et élimine le poids de l’entoilage — tandis que les manches conservent une doublure en soie imprimée du motif Scritto, calligraphie propre à Berluti, visible uniquement au porter. Ce détail intérieur n’est pas anecdotique : il situe la pièce dans la tradition cordonnière de la maison, où la finition cachée a autant d’importance que la finition vue. Fondée en 1895, Berluti a construit quatre générations de savoir-faire sur le soulier avant d’étendre son vocabulaire vers le vêtement ; la doublure Scritto est le signe que la translation n’est pas cosmétique.

Les boutons en corne sont patinés et teintés en correspondance avec le coloris du lin — procédé qui rappelle directement la patine du cuir sur les souliers, technique signature de la maison depuis ses origines. Cinq coloris composent la palette : Indigo profond, Twilight Blue, Lilas, Cocoa, Turquoise. Des tons saturés qui supposent une veste portée ouverte, non fermée — confirmation que la Forestière n’a jamais changé de posture depuis Grimbert : elle se drape plus qu’elle ne boutonne.

La broderie Scritto en façade marque l’identité extérieure avec la même retenue. Elle n’est pas positionnée comme un logo mais comme une texture narrative — lisible de près, invisible à distance.

Ce qui distingue la Forestière dans l’économie du vestiaire masculin tient moins à ses détails qu’à sa généalogie documentée. La plupart des vestes dites « heritage » fabriquent un passé ; celle-ci en a un vérifiable, avec une adresse, un nom de tailleur et un usage d’origine. Que Berluti ait choisi d’en faire un pilier de son prêt-à-porter plutôt qu’un objet de collection dit quelque chose sur la façon dont la maison comprend la continuité : non comme muséification, mais comme adaptation à charge fonctionnelle constante.

Le garde-chasse n’aurait sans doute pas commandé du lin. Mais il aurait reconnu la coupe.

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