Home ModeEileen Gray dans le Veneto : ce que Max Mara Eyewear emprunte à l’architecte

Eileen Gray dans le Veneto : ce que Max Mara Eyewear emprunte à l’architecte

by pascal iakovou
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Il y a dans la collection FW26 de Max Mara Eyewear une référence qui mérite qu’on s’y arrête — non pas parce qu’elle est décorative, mais parce qu’elle est structurelle. Deux des trois modèles présentés au défilé milanais du 26 février 2026 mentionnent explicitement Eileen Gray, l’architecte et designer irlandaise dont le travail des années 1920 et 1930 reste l’une des lectures les plus cohérentes du rapport entre fonction et forme dans le mobilier moderne. Ce n’est pas un nom qu’on place sans conséquence.

La charnière tubulaire du modèle MM0164 est le point de contact le plus direct avec l’œuvre de Gray. L’architecte utilisait le tube métallique — chromé, articulé, visible — comme élément structurel assumé plutôt que comme détail dissimulé. Dans la Villa E.1027 à Roquebrune-Cap-Martin, les montants et les pivots ne cherchent pas à disparaître derrière la matière. La charnière de l’MM0164 suit la même logique : elle ne relie pas discrètement l’avant acétate aux branches — elle s’affirme comme pièce à part entière, tubulaire et chromée, articulant deux matières de nature différente.

Le modèle MM0186, nommé Rococo, ajoute une tension supplémentaire. La référence à l’art Rococo — mouvement du XVIIIe siècle caractérisé par la profusion ornementale et la courbe asymétrique — est mise en dialogue avec l’architecture minimaliste de Gray. Ce n’est pas une contradiction : c’est une proposition de synthèse, que la maison résume dans sa propre formulation comme une « réinterprétation essentielle et équilibrée ». L’avant en acétate contraste avec le pont et les branches en métal tubulaire — deux matières, deux températures visuelles, un seul équilibre.


Détail : Marcolin et la fabrication dans le Veneto

Marcolin, fondé en 1961 à Longarone dans la province de Belluno, produit la lunetterie Max Mara sous licence. Le district optique de la Vallée du Boite concentre historiquement la quasi-totalité de la production italienne de montures haut de gamme — une géographie industrielle qui explique la densité de savoir-faire disponible sur un territoire restreint. Marcolin distribue aujourd’hui dans plus de 125 pays. Le dossier de presse ne précise pas si les pièces de la collection FW26 sont fabriquées en Italie ou en sous-traitance internationale — une information qui conditionnerait une couverture technique plus approfondie.


La question que pose cette collection n’est pas esthétique au sens superficiel. Elle est de l’ordre du dialogue entre héritages : qu’est-ce qu’une maison de mode italienne emprunte à une architecte irlandaise formée à Paris dans l’orbite de Japonisme et du Bauhaus, pour le traduire dans une monture fabriquée dans les Dolomites ? La réponse tient dans la charnière — un pivot, une articulation, le point exact où deux matières s’accordent pour permettre le mouvement.

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