Il faut regarder les silhouettes Mantù FW26 comme on observe un textile de près : non pour ce qu’il montre immédiatement, mais pour la tension interne qui le structure. La collection ne cherche pas l’effet. Elle installe une présence. Une manière de tenir le vêtement autant que le corps.
Dès les premières pièces visibles dans le lookbook (page 1), manteaux amples, robe en dégradé tie & dye, silhouette jaune structurée, une logique apparaît : chaque volume semble négocier entre poids et mouvement . Rien n’est laissé au hasard. Le vêtement ne flotte pas, il se tient.
Le tweed tridimensionnel constitue l’un des axes centraux. Utilisé sur les manteaux et les ensembles tailleur, il introduit une structure presque architecturale. À l’inverse, la viscose fluide accompagne le mouvement du corps, créant une oscillation constante entre rigidité et souplesse. Ce dialogue n’est pas décoratif : il organise la silhouette. Le lainage léger intervient comme médiateur, maintenant la précision de coupe tout en réduisant la densité visuelle.
Un autre point d’attention réside dans le traitement des surfaces. Le coton à effet velours absorbe la lumière, puis la restitue de manière diffuse. À ses côtés, le faille technique — plus compact — sert de support à des broderies Cornely réalisées à la main. Ce choix n’est pas anodin : la technique Cornely, historiquement liée à la broderie mécanique assistée, permet ici de dessiner des motifs floraux continus, précis, presque calligraphiques. Le geste artisanal s’inscrit dans une base industrielle, créant une hybridation maîtrisée.
La collection introduit également un travail sur l’irrégularité contrôlée. L’imprimé tie & dye, appliqué sur des bases volontairement froissées, produit des variations de surface qui évoquent une patine. Le textile semble déjà vécu. Il ne s’agit pas d’un effet nostalgique, mais d’un moyen d’ajouter de la profondeur visuelle sans surcharge formelle.
La palette chromatique, telle que décrite page 1, fonctionne comme un système de tensions : jaune moutarde, vert militaire, violet, rouge amarante. Ces couleurs ne dominent pas les silhouettes ; elles les ponctuent. Elles viennent activer des volumes qui, sans elles, resteraient strictement structurels.
Dans la construction des pièces, Mantù affirme une maîtrise du modélisme. Les vestes et manteaux reposent sur des lignes nettes et des proportions calibrées. Les jupes introduisent une variation intéressante : plis travaillés et fermetures inspirées du vestiaire masculin. Ce déplacement d’éléments techniques — du pantalon vers la jupe — modifie la lecture du vêtement. Il ne s’agit plus d’une opposition entre masculin et féminin, mais d’un transfert de fonctions.
Les robes, quant à elles, articulent plusieurs registres textiles : jersey, crêpe de Chine, bouclé, tweed allégé. Cette superposition ne vise pas la complexité visible, mais une continuité de mouvement. Le corps circule dans le vêtement sans rupture, malgré la diversité des matières.
Ce qui se joue ici dépasse la simple collection saisonnière. Mantù, née en 2008 au sein de Castor Fashion et ancrée dans la région de Mantoue, inscrit son travail dans une tradition italienne où la matière précède la forme . La référence à Virgile — « Mantua me genuit » — n’est pas un ornement culturel. Elle rappelle une origine : un territoire où l’art, l’architecture et le textile partagent une même exigence de construction.
Au fond, FW26 propose une lecture précise du vêtement contemporain : réduire le geste visible, déplacer l’attention vers la matière, et laisser la structure parler. Une élégance qui ne se signale pas. Qui s’installe.











































