En Gascogne, la fraîcheur est souvent une religion, mais la complexité est une quête. Propriété de la famille Grassa depuis 1912, le Domaine Tariquet a su imposer une signature qui dépasse les frontières de l’appellation Côtes de Gascogne. Avec la cuvée Réserve 2023, le domaine poursuit une conversation entamée dans les années 1980 : celle de l’alliance entre la vivacité des cépages locaux et la patine de l’élevage sous bois. Ce vin ne cherche pas à masquer le fruit, mais à l’encadrer, proposant une lecture plus texturée du terroir gersois.
La singularité de ce millésime 2023 réside dans la précision de son assemblage. Le Gros Manseng, cépage autochtone majoritaire à 40%, apporte sa structure et sa tension caractéristique. Il est épaulé par 30% de Chardonnay pour l’ampleur, 20% de Sauvignon pour l’aromatique et 10% de Sémillon pour le liant. Loin d’un mélange standardisé, chaque cépage suit un parcours initiatique distinct : un élevage séparé en fûts de chêne français durant quatre à six mois, avant d’être assemblé et de reposer six mois supplémentaires en cuve. Cette méthode, alternant l’oxydation ménagée du bois et la réduction de l’inox, permet de conserver la fraîcheur tout en intégrant des notes vanillées et grillées.
À la dégustation, le travail du temps se traduit par une palette aromatique où la pêche jaune et l’abricot dialoguent avec un boisé fondu. La bouche conserve cette droiture gasconne, une finale fraîche qui nettoie le palais et appelle la table. C’est un vin de gastronomie décomplexée, capable de tenir tête à un risotto aux truffes ou un magret de canard rôti, tout en soulignant la texture d’un Saint-Nectaire crémeux. Proposé à 9,50 euros, il rappelle que l’exigence viticole n’est pas toujours indexée sur le prix, mais sur la maîtrise du geste.


