ICE smart TKS 2.0 : la montre connectée qui ne veut plus en avoir l’air

by PASCAL IAKOVOU
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Une smartwatch qui réussit à se faire oublier en tant que technologie n’est plus tout à fait une prouesse d’ingénieur : c’est devenu un argument de style. Avec cinq nouveaux coloris et des bracelets en cuir véritable, Ice-Watch pousse plus loin ce parti pris pour sa TKS 2.0, révélant au passage un glissement plus large dans les usages du poignet connecté.

Rien, dans le boîtier rectangulaire fin de la TKS 2.0, ne trahit spontanément la présence d’un écran AMOLED, de capteurs de fréquence cardiaque ou d’un suivi du sommeil. C’est précisément le pari de la montre depuis son lancement : ressembler à une montre classique avant de ressembler à un objet connecté. Les cinq nouvelles références — marron foncé, cognac et orange brûlé pour les boîtiers dorés, gris taupe et beige camel pour les versions argentées — ne changent rien à cette promesse. Elles la renforcent, en troquant les bracelets silicone pour du cuir véritable, matière qui n’appartient à aucun vocabulaire technologique et que l’on associe plutôt à la maroquinerie ou à l’horlogerie traditionnelle.

Le choix est d’autant plus significatif venant d’Ice-Watch, marque bâtie depuis 2007 sur l’exact opposé : le silicone coloré, très identifiable, décliné en teintes vives sur plusieurs centaines de références. Voir la maison migrer vers le cuir et une palette automnale sobre pour sa gamme connectée dit quelque chose du chemin parcouru par toute une industrie, entre l’exubérance assumée des années passées et une forme de retenue aujourd’hui recherchée jusque dans les segments les plus accessibles du marché.

Ce choix n’est pas neutre dans le paysage actuel des objets connectés. Depuis plusieurs saisons, une partie du marché de la smartwatch cherche à s’affranchir des codes trop reconnaissables du gadget — cadran carré, matières synthétiques, esthétique clairement technique — pour se rapprocher du vocabulaire de l’horlogerie classique. La TKS 2.0 s’inscrit dans ce mouvement, mais elle le fait sans jamais renoncer aux fonctions qui justifient l’appellation smart : appels et notifications en Bluetooth, suivi de l’oxygène sanguin, de la pression artérielle, du sommeil, étanchéité IP68 et sept jours d’autonomie annoncée.

Le glissement est révélateur d’une lassitude plus large à l’égard de la visibilité technologique. Porter un objet dont la fonction se donne à voir immédiatement — écran tactile carré, notifications clignotantes — revient à afficher une disponibilité permanente, une connexion continue au flux numérique. À l’inverse, une montre qui ressemble à une montre laisse à celui qui la porte le choix de révéler, ou non, sa dimension connectée. C’est une forme de discrétion recherchée, qui n’est pas sans écho avec certains réflexes du luxe classique, où la valeur ne se crie jamais.

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Le cuir introduit aussi un rapport au temps que le silicone ignore superbement. Une matière synthétique s’use sans se transformer : elle se dégrade simplement. Le cuir, lui, se patine, change de nuance, épouse le geste répété de celui qui l’a porté. Glisser une smartwatch dans ce rapport à l’usure — plutôt que dans celui, plus classique pour la tech, de l’obsolescence programmée — revient à lui prêter une temporalité qu’aucun firmware ne peut simuler.

Le pari commercial n’est pas anodin non plus. En misant sur cinq déclinaisons de cuir plutôt que sur une nouvelle salve de fonctionnalités, Ice-Watch choisit de vendre une smartwatch comme on vend une montre de mode : par la couleur et la matière, plus que par la fiche technique. C’est une manière de placer la TKS 2.0 sur un rayon différent de celui, très encombré, des montres connectées pures, pour la rapprocher du rayon, plus vaste encore, des accessoires de style.

Reste que la TKS 2.0 n’est pas une pièce de haute horlogerie, et ne prétend pas l’être : elle emprunte ses codes sans revendiquer son statut. C’est peut-être là son intérêt véritable — une manière accessible d’expérimenter, au quotidien, cette idée que la technologie la plus aboutie est celle qui ne cherche plus à se faire remarquer.

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