« Quand c’est fini, c’est fini » : la formule, signée Arthur Arbesser, résume à elle seule la logique de production qui gouverne sa collection Automne/Hiver 2026-27, baptisée A Revival Collection. Une collection entièrement construite à partir des deadstocks de la maison — sans exception.
« Nous voulions travailler avec ce que nous avons déjà : revisiter des textiles, reconsidérer des motifs et donner une nouvelle vie à des imprimés d’archive », explique le créateur autrichien. Être une marque indépendante, précise-t-il, donne une certaine liberté dans la manière de travailler : les quantités de production sont simplement déterminées par la quantité de tissu qui reste de chaque référence. La collection assemble ainsi des textiles venus de saisons et de moments différents de l’histoire de la maison : l’imprimé baroque de l’Automne/Hiver 22-23, les cotons rayés du Printemps/Été 25, les carreaux multicolores et imprimés vitrail de l’Automne/Hiver 24-25, ou encore des motifs géométriques allant du Printemps/Été 20 à l’Automne/Hiver 25-26.
À ces archives s’ajoutent des matières plus légères et transparentes — pois, losanges et rayures imprimés sur mesh, tulle à carreaux multicolores — aux côtés d’un satin imprimé façon cobra, d’une viscose jacquard logotée, de vichy, de crêpe froissé zigzag, de jacquard grenade et d’imprimés animaliers. Plutôt que de dissimuler l’origine disparate de ces tissus, la maison choisit de les assembler et de transformer la manière dont on les perçoit : une grande partie de la collection est ainsi teintée sur pièce, altérant les couleurs et imprimés d’origine pour leur donner un tout autre caractère — une soie fleurie éclatante devient marron terne, soudainement automnale ; des rayures estivales colorées se font plus discrètes, plus sobres, plus terreuses.
Les silhouettes, elles, restent volontairement simples : coupes amples et généreuses, pensées pour différents corps et différents âges, où les proportions se jouent sans jamais complexifier la construction. Les accessoires apportent une touche théâtrale et légèrement absurde — un chapeau de peintre triangulaire en coton rayé, des coiffes patchwork aux pointes exagérées, et le fanion triangulaire, motif familier de la maison, réinventé en écharpe de tissu.
« Le monde, vu du prisme de la mode, semble aujourd’hui plutôt terne et souvent monotone », observe Arthur Arbesser. « Notre réponse consiste à créer quelque chose qui va dans la direction opposée : riche, énergique, coloré, et peut-être un peu excessif. » Les imprimés se superposent, les motifs s’entrechoquent, des tissus qui n’étaient jamais destinés à se rencontrer se retrouvent soudain ensemble — sans que la collection cesse, pour autant, d’être portable : chaque pièce, précise le créateur, fonctionne aussi bien avec un simple T-shirt blanc ou un pantalon noir. « Nous pensons juste que ce n’est pas notre travail de faire ces pièces-là. »




















Une manière, en creux, de proposer une définition de la mode durable qui ne se limite pas à un argument marketing : ici, la contrainte du stock existant devient le véritable moteur créatif, jusqu’à dicter — littéralement — la taille de la collection. Peu de maisons acceptent d’aller aussi loin dans cette logique, où l’épuisement d’un tissu précis marque, sans négociation possible, la fin de la disponibilité d’une pièce — à rebours d’une industrie plus généralement construite sur la reproductibilité illimitée d’un même modèle.
