Gucci Eyewear, automne-hiver 2026 : l’art du portrait suspendu

by PASCAL IAKOVOU
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Pour sa campagne Eyewear Automne-Hiver 2026, la Maison Gucci délaisse le mouvement pour l’arrêt sur image. Une série de portraits, signée Mark Seliger, où chaque visage semble retenir son souffle — et où la lunette devient un instrument de caractère plutôt qu’un simple accessoire.

Où le temps s’arrête

La publicité pour lunettes obéit le plus souvent à une grammaire du mouvement : silhouettes en marche, vent dans les cheveux, regard happé par un horizon hors champ. La campagne Automne-Hiver 2026 de Gucci Eyewear prend le contre-pied de cette convention. Construite comme une série de portraits, elle fige ses protagonistes dans un instant suspendu, entre introspection et rêverie, avant que certains visages ne basculent vers des attitudes plus affirmées. D’un modèle à l’autre, ce sont différentes facettes de la collection qui apparaissent, non comme une succession de produits, mais comme une galerie de tempéraments.

Ce choix n’a rien d’anodin dans un secteur où l’image publicitaire cherche presque toujours à capter l’attention par l’action. En optant pour l’immobilité, la Maison parie sur un regard qui s’attarde — celui du spectateur autant que celui du sujet photographié.

Le regard, doublement en jeu

La lunette occupe, dans la mode, une place singulière : elle se pose précisément là où s’exerce le regard. Une campagne construite en portraits redouble donc son sujet, puisqu’elle invite à regarder quelqu’un qui, lui-même, regarde — ou détourne les yeux, ou les ferme à demi. Ce jeu de superposition donne à l’objet une fonction presque psychologique, au-delà de sa seule silhouette.

Des codes maison, sans emphase

Sur le plan des formes, la collection convoque le vocabulaire le plus reconnaissable de Gucci sans jamais le souligner outre mesure. Le Double G, les détails Horsebit, l’acétate noir et les lignes graphiques se répartissent sur des silhouettes solaires et optiques, dans un jeu de citations discrètes plutôt que de démonstration. L’ensemble réunit des lunettes de soleil aux lignes rondes et rectangulaires, ainsi que des montures optiques déclinées en acétate ou en métal — un vocabulaire de formes suffisamment large pour habiller des visages très différents, ce que la série de portraits vient précisément illustrer.

Ce degré de retenue distingue l’exercice des campagnes où les codes de maison s’affichent en évidence, quitte à saturer l’image. Ici, le Double G et le Horsebit se lisent en filigrane, presque en second plan derrière le visage — une manière de rappeler que la reconnaissance d’une maison ne tient pas seulement à ses motifs, mais aussi à la façon dont elle choisit de les taire.

Une signature à deux mains

Cette direction repose sur un tandem : la direction artistique de Riccardo Zanola et l’objectif du photographe américain Mark Seliger. Loin d’un simple habillage visuel, le dispositif choisi — portrait fixe, cadrage resserré, attention portée à l’expression plutôt qu’au décor — replace la lunette dans le registre du visage plus que dans celui de la mode pure. La monture n’y est plus seulement un objet que l’on porte, mais un élément qui participe à la construction d’une présence.

Une accalmie dans le flux

Ce parti pris s’inscrit dans un climat plus large où plusieurs maisons de luxe réintroduisent la lenteur dans leur communication, après des années de campagnes saturées de mouvement et de scénographie. Ici, rien ne bouge, et c’est précisément ce qui retient l’attention : un visage qui ne cherche pas à convaincre par le geste, mais par la seule tenue de son expression.

Détail

Direction artistique : Riccardo Zanola

Photographe : Mark Seliger

Gammes présentées : lunettes de soleil rondes et rectangulaires ; montures optiques en acétate ou en métal

Reste à savoir si cette économie de mouvement restera un parti pris ponctuel ou le signe d’une inflexion plus large dans la manière dont les maisons d’optique choisissent de se raconter. À l’heure où l’image publicitaire se consomme en un défilement de quelques secondes, s’arrêter sur un visage immobile est, en soi, une déclaration.

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