S’habiller sans règles : c’est la promesse, presque enfantine dans sa formulation, que porte Tangoli avec sa nouvelle collection Soft Riot — A Romantic rave. Une promesse qui, chez cette jeune maison parisienne fondée par Alessandra Donato, ne relève pas du slogan mais d’une méthode de travail entière, construite autour du deadstock et de l’upcycling.
La collection naît, dit la marque, comme un jeu : réécrire les vêtements et les histoires de tissus. Dentelle légère mêlée à des couleurs vives, transparences et superpositions qui composent des combinaisons toujours changeantes — un collage construit directement sur le corps. Le résultat assume l’imperfection : un romantisme vécu, qui oscille entre délicatesse et désir rebelle d’oser, une rave intime faite de détails, de chevauchements et de petits gestes. S’habiller, chez Tangoli, redevient un acte créatif — essayer, mélanger, se tromper, jouer.
Ce vocabulaire du jeu et de l’essai-erreur tranche avec le discours habituel de la mode responsable, souvent construit sur la contrainte et la rareté du tissu disponible. Tangoli choisit une autre voie : traiter la limite du deadstock comme un principe créatif joyeux plutôt que comme une privation à assumer, rejoignant en cela d’autres jeunes maisons parisiennes qui font de la contrainte matérielle un langage plutôt qu’un argument de vente.
Le fait que chaque pièce soit façonnée dans un atelier parisien ou confiée à des artisans locaux plutôt qu’à une production délocalisée renforce cette cohérence entre discours et méthode : chez Tangoli, la traçabilité du geste semble compter au moins autant que celle du tissu lui-même. C’est aussi ce qui distingue une maison de ce format d’un simple label capsule : la promesse d’un vestiaire qui se construit pièce après pièce, au rythme de ce que l’atelier retrouve, plutôt qu’au rythme imposé par un calendrier commercial classique.
Derrière cette esthétique se cache une discipline précise. Chaque pièce provient soit de deadstocks de maisons de couture, soit de vêtements upcyclés, réimaginée avec intention dans l’atelier parisien de la marque ou par des artisans locaux. Les silhouettes fluides, les détails délicats et les tons doux se veulent une réponse directe à la force et à la grâce des femmes qui les portent — une élégance pensée comme naturelle plutôt que construite.
Mais Tangoli ne s’arrête pas à la robe finie. La marque anime aussi des ateliers d’upcycling, où elle partage sa méthode avec une communauté, dans l’espoir — l’expression est la sienne — d’inspirer une façon plus réfléchie et plus créative de s’habiller. Une manière de transformer un geste de récupération en outil de transmission, plutôt qu’en simple argument marketing.
Le nom même de la collection, Soft Riot, condense cette tension entre douceur et rébellion qui traverse toute la proposition de la marque. Une rave, par définition, se vit dans l’instant et l’excès ; Tangoli en retient l’énergie collective et la liberté de mouvement, mais la ramène à une échelle intime, presque domestique, celle d’un atelier parisien où chaque pièce est encore façonnée à la main plutôt que produite en série.





























Ce que raconte finalement Soft Riot, c’est la possibilité d’une rébellion discrète : celle qui ne jette rien, ne produit pas plus qu’il ne faut, et trouve dans les restes d’autrui la matière d’une nouvelle histoire. Une rave sans excès, en somme — juste assez de désordre pour rester vivante, et suffisamment de méthode pour durer au-delà d’une seule saison.
