Né aux États-Unis en 2012 sous l’impulsion de JAŸ-Z, le cognac D’Ussé arrive enfin sur le marché français. Un lancement qui ressemble à un retour aux sources — mais qui interroge, en creux, la manière dont la culture hip-hop a fini par redéfinir les usages d’une eau-de-vie centenaire.
Un cognac né à l’export, qui rentre au pays
L’histoire de D’Ussé est inversée par rapport à celle de la plupart des grandes maisons de cognac : élaborée au Château de Cognac selon les méthodes traditionnelles, la marque s’est d’abord imposée sur le marché américain, où JAŸ-Z, devenu ambassadeur puis copropriétaire, en a fait un objet de la culture cocktail et hip-hop. Quatorze ans après son lancement aux États-Unis, D’Ussé revient désormais s’installer dans le pays même où il a été distillé — un mouvement à rebours qui en dit long sur la manière dont le cognac, longtemps perçu comme une boisson de digestif feutré, a été réinventé ailleurs avant de pouvoir rentrer chez lui.
Une maître de chai de vingt-cinq ans pour un cognac qui ne veut pas vieillir
Le communiqué insiste sur la jeunesse d’Agathe Gay Boinot, présentée comme la plus jeune maître de chai de la maison, formée auprès de l’ancien maître de chai du Château de Cognac, Michel Casavecchia. Cette transmission directe — du savoir traditionnel vers une génération qui doit, dans le même geste, le respecter et le moderniser — résume assez bien le défi de D’Ussé : rester fidèle aux méthodes charentaises de double distillation et de vieillissement en fûts de chêne, tout en s’adressant à une génération de consommateurs qui découvre le cognac par la mixologie plutôt que par le verre ballon.
Memphis Bleek et le Château de Cognac : une rencontre de deux trentenaires de carrière
Le 1ᵉʳ juillet, le rappeur Memphis Bleek, l’un des premiers artistes signés sur le label Roc-A-Fella dans les années 1990, donnera un concert exclusif au Château de Cognac, en écho aux trente ans de carrière de Jay-Z. La coïncidence de calendrier — trente ans de hip-hop, deux siècles de savoir-faire cognaçais — installe, l’espace d’une soirée, deux légitimités historiques qui n’avaient jamais eu l’occasion de se rencontrer physiquement sur le même terroir.





































Reste à voir si ce lancement français parviendra à convaincre un public d’amateurs de cognac plus traditionnel, ou s’il se contentera de prolonger, sur son propre sol, une histoire d’abord écrite à des milliers de kilomètres de Cognac.
