Home ModeAfter party Saint Laurent au Met Gala 2025 — Vaccarello tient sa cour

After party Saint Laurent au Met Gala 2025 — Vaccarello tient sa cour

by pascal iakovou
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People’s Bar, 4 mai — Saint Laurent tient sa cour

Pendant que le Met célèbre son gala, Anthony Vaccarello réunit dans un bar de Manhattan ce que le monde de la mode compte de plus désirable. Ce n’est pas une fête. C’est un positionnement.

Il existe une tradition non écrite dans le calendrier du luxe : le lendemain du Met Gala appartient aux after parties. Ces soirées satellites, moins couvertes, moins codifiées, sont souvent plus révélatrices que le tapis rouge lui-même. Ce qu’on y choisit de célébrer — et surtout avec qui — dit tout de l’ambition d’une Maison. Le 4 mai dernier, Saint Laurent a choisi le People’s Bar de New York, et Anthony Vaccarello a choisi Zoë Kravitz pour co-hôte.

Ce choix n’est pas anodin. Kravitz incarne une certaine idée du cool américain — héréditaire sans être dynastique, rock sans être nostalgique. Elle est, pour Saint Laurent, le visage d’un désir qui ne se commande pas. Accoler son nom à celui de Vaccarello pour une soirée, c’est signer un accord symbolique entre deux esthétiques qui partagent la même température : froide en surface, incandescente dans le détail.


Une liste d’invités comme manifeste

La liste de présence dressée ce soir-là ressemble moins à un carnet mondain qu’à un catalogue de désirabilité contemporaine. On y trouve Rosé — dont le statut de phénomène trans-culturel n’est plus à démontrer —, Charli XCX, Doja Cat, Olivia Rodrigo : quatre artistes qui ont redéfini, chacune à sa façon, le rapport entre la musique pop et l’image de mode. À leurs côtés, Margot Robbie, Kendall Jenner, Daisy Edgar-Jones, Ayo Edebiri — autant de visages qui quadrillent les covers et les campagnes des deux dernières années.

Ce que cette liste révèle, c’est une méthode. Saint Laurent ne convoque pas des célébrités : il sélectionne des vecteurs culturels. Chaque présence est un signal envoyé à un segment précis de l’audience globale de la Maison — entertainment américain, K-pop, sport, modèle, cinéma d’auteur. La réunion de ces univers dans un seul espace, une seule nuit, constitue en soi un acte éditorial.


La contre-programmation des créateurs

Ce qui frappe davantage encore, c’est la présence de Matthieu Blazy — directeur artistique de Chanel depuis janvier —, de Demna, dont le règne chez Balenciaga continue de définir les contours de la mode radicale, et de Pierpaolo Piccioli, dont le départ de Valentino l’an dernier a laissé un vide que l’industrie mesure encore. Zac Posen, Wes Gordon, Prabal Gurung complètent un parterre de créateurs qui, réunis ainsi, composent une photographie du moment de la mode mondiale.

Leur présence dans l’espace Saint Laurent — fût-il éphémère, fût-il un bar — dit quelque chose de la capacité de Vaccarello à occuper le centre. Depuis qu’il a pris les rênes de la Maison en 2016, le directeur artistique a transformé Saint Laurent en territoire désirable pour ses pairs autant que pour son public. Inviter ses concurrents à sa fête, c’est une démonstration de force qui ne se fait jamais aux dépens de personne.


Ce que People’s Bar dit de Saint Laurent

Le choix du lieu — un bar, pas un palace, pas une salle des ventes reconvertie — mérite attention. People’s Bar, sur la 46e rue, est un espace délibérément anti-spectaculaire. Pas de scénographie pharaonique, pas de mapping architectural : juste une nuit, une lumière, et la qualité des présences pour tout décor.

C’est précisément ce que Saint Laurent cherche à incarner depuis plusieurs saisons : une forme de luxe qui n’a pas besoin de se justifier. Une soirée qui n’explique pas pourquoi elle compte — mais qui compte, manifestement. La sobriété du dispositif est inversement proportionnelle à la densité de ce qu’elle contient.

Il y a quelque chose de très saint-laurentien dans cette économie de moyens. Yves Saint Laurent lui-même avait compris que le désir se construit rarement dans l’excès — mais dans la juste tension entre retenue et intensité. Vaccarello, en réunissant une telle salle dans un espace aussi délibérément ordinaire, signe la même équation, quarante ans plus tard.


La fête était finie avant minuit, dit-on. C’est suffisant pour qu’on en parle encore.

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