Un flacon miroir, une étiquette holographique, une composition fruitée-épicée signée Nisrine Grillie : avec Let’s Pretend, Maison État Libre d’Orange aborde ses vingt ans par le prisme du jeu, du masque et de l’identité choisie.
Dans la parfumerie contemporaine, peu de Maisons ont autant travaillé la friction entre odeur et langage qu’État Libre d’Orange. Fondée à Paris en 2006 par Etienne de Swardt, la Maison s’est construite sur une forme d’indiscipline maîtrisée : titres frontaux, récits à double fond, usage du parfum comme objet de commentaire social autant que comme sillage. En 2026, l’anniversaire des vingt ans n’est donc pas traité comme une commémoration patrimoniale, mais comme une scène.
Let’s Pretend part d’une idée simple : le parfum comme costume invisible. Non pas l’accessoire final d’une silhouette, mais ce qui en déplace la lecture. Le dossier de presse l’inscrit dans une dramaturgie explicite — « Life becomes a stage » — et cite Shakespeare, rappelant que le monde entier est un théâtre. L’angle pourrait paraître théâtral au sens facile du terme ; il devient plus intéressant lorsqu’on l’observe à travers la structure même de la fragrance.
Créé par Nisrine Grillie, parfumeur chez Givaudan, Let’s Pretend est présenté comme un fruité-épicé. L’ouverture associe safran, baie rose et essence de mandarine. Trois éléments qui installent immédiatement une tension : la facette chaude et sèche du safran, l’effet vibrant de la baie rose, la clarté hespéridée de la mandarine. Le cœur glisse vers la pêche, l’absolu de fleur d’osmanthus et l’absolu de jasmin sambac. La pêche donne le velouté, l’osmanthus apporte cette nuance fruitée-cuirée caractéristique, le jasmin sambac une présence florale plus charnelle. Le fond réunit un accord de bois précieux — trio de cèdre, Akigalawood et Georgywood — avec styrax et benjoin. La construction avance ainsi d’un éclat presque scénique vers une assise boisée-résineuse, comme si le rôle choisi au départ devait finir par trouver son poids sur la peau.
Le flacon prolonge cette idée de transformation. L’étiquette joue sur un disque argenté, pensé comme un miroir, puis révèle par effet holographique la cocarde de la Maison lorsqu’on le manipule. L’étui métallique, lui aussi réfléchissant, déforme les silhouettes sans les fixer. Ce détail n’est pas anecdotique : il transforme le packaging en dispositif. Le parfum ne se contente pas d’être posé sur une coiffeuse ; il demande un mouvement, un changement d’angle, presque une participation du corps.
Il y a là une cohérence avec l’histoire d’État Libre d’Orange. La Maison rappelle dans son dossier avoir été fondée en 2006 à Paris et revendiquer une parfumerie « différente », portée par l’ironie, les partis pris créatifs et l’usage du parfum comme médium d’expression. Son site officiel confirme ce positionnement autour de compositions olfactives affranchies des limites créatives classiques, tandis que la page dédiée à Let’s Pretend présente la création comme une fragrance conçue pour accompagner les jeux d’apparence, d’illusion et d’identité.
Ce que Let’s Pretend dit surtout de la parfumerie actuelle tient à sa manière d’assumer le parfum comme langage social. À une époque où l’identité se module en permanence — selon les lieux, les écrans, les communautés, les rôles professionnels ou intimes — le parfum retrouve une fonction ancienne : celle de signal discret. Il ne montre rien, mais il oriente la perception. Il n’habille pas, mais il modifie l’allure.
La Maison aurait pu célébrer ses vingt ans par une réédition patrimoniale ou un flacon anniversaire. Elle choisit plutôt une fiction olfactive sur la possibilité de devenir autre. Ce n’est pas un hasard. Depuis deux décennies, État Libre d’Orange travaille moins la continuité sage d’un héritage que la liberté de ton. Let’s Pretend s’inscrit dans cette ligne : une pièce sur le masque, mais aussi sur le plaisir de le porter en connaissance de cause.
Sortie annoncée le 15 avril 2026. Disponible en 50 ml et 100 ml, en ligne et dans les points de vente État Libre d’Orange, notamment au 69 rue des Archives, Paris 3e, et au 80 rue des Saints-Pères, Paris 7e.





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