Home Food and WineÀ Épernay, Perrier-Jouët compose Belle Epoque Society comme une adresse culturelle du champagne

À Épernay, Perrier-Jouët compose Belle Epoque Society comme une adresse culturelle du champagne

by pascal iakovou
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Sur l’Avenue de Champagne, le champagne n’est jamais seulement une affaire de verre. Il relève aussi d’une géographie, d’un décor, d’un usage social. En ouvrant la sixième saison de Belle Epoque Society sur son site historique d’Épernay, la Maison Perrier-Jouët poursuit une idée devenue centrale dans l’économie contemporaine du vin : transformer la dégustation en lieu, et le lieu en récit culturel.

Le dispositif réunit plusieurs espaces — le Cellier Belle Epoque, la Maison Belle Epoque, la Boutique et l’Atelier — autour d’un même vocabulaire : art, nature, champagne. L’ensemble s’inscrit dans l’héritage de Pierre-Nicolas Perrier et Rose-Adélaïde Jouët, fondateurs de la Maison Perrier-Jouët en 1811, et dans une tradition où le chardonnay, choisi très tôt comme cépage signature, a façonné un style identifiable par sa tension florale. Ce rapport au végétal n’est pas un motif décoratif ajouté après coup ; il est devenu l’un des axes de lecture de la Maison, depuis l’anémone blanche du Japon dessinée par Émile Gallé en 1902 pour la cuvée Belle Epoque.

La Belle Epoque Society fonctionne moins comme une simple destination œnotouristique que comme une mise en scène contrôlée de l’hospitalité champenoise. Le Cellier Belle Epoque accueille une carte d’assiettes à partager — asperges et burrata des Pouilles, saumon fumé et blinis maison, chèvre frais aux agrumes confits — ainsi qu’un menu dégustation en quatre séquences imaginé par Sébastien Morellon, Chef de la Maison, avec Séverine Frerson, Chef de caves. Trois cuvées non millésimées structurent cette partition : Perrier-Jouët Grand Brut, Perrier-Jouët Blanc de Blancs et Perrier-Jouët Blason Rosé. Le menu associe notamment tartare de saumon fumé, asperges vertes et gelée de dashi, volaille champenoise rôtie, sauce poulette au lait de coco et légumes de printemps, puis millefeuille à la fraise, crème à la camomille, tuile de sésame et tagète.

Ce qui se joue ici est révélateur d’une mutation plus large : les Maisons de champagne ne se contentent plus d’ouvrir leurs caves, elles construisent des environnements. Le classement UNESCO des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne en 2015 a renforcé cette lecture patrimoniale du territoire, en incluant notamment l’Avenue de Champagne et Fort Chabrol à Épernay parmi les ensembles représentatifs de la production et de la commercialisation du champagne. La visite devient alors un acte de compréhension : on ne vient plus seulement boire un vin, mais lire l’architecture économique, agricole et culturelle d’une région.

Face au Cellier, la Maison Belle Epoque concentre cette ambition patrimoniale. Elle abrite une importante collection privée d’Art Nouveau français en Europe, avec des pièces signées Hector Guimard, Louis Majorelle ou Émile Gallé. Le choix est cohérent : l’Art Nouveau, par son goût des lignes organiques, des tiges, des courbes et du vivant, offre à Perrier-Jouët un langage visuel qui prolonge sa relation à la nature. Dans ce contexte, la gastronomie ne vient pas distraire du lieu ; elle en devient une variation.

Le déjeuner de la Maison Belle Epoque se déploie en cinq séquences, imaginées par Pierre Gagnaire, Chef triplement étoilé Michelin, et Sébastien Morellon, en collaboration avec Séverine Frerson. Perrier-Jouët Blanc de Blancs non vintage accompagne un cannelloni d’asperges blanches et chou-rave ; Belle Epoque Blanc de Blancs 2018 répond à un pavé de bar ; Belle Epoque 2016 dialogue avec un œuf à 64° et une sauce hollandaise au miso. Plus loin, Belle Epoque Rosé 2014 est servi avec une côte de veau, avant de rejoindre, dans une autre expression, un parfait glacé à la pistache de Sicile. La logique n’est pas celle de l’accumulation, mais celle de l’accord précis : acidité, texture, aromatique, longueur.

La Boutique et l’Atelier prolongent cette lecture par l’objet et l’expérience. L’Atelier Belle Epoque accueille des dégustations autour des cuvées et de l’histoire de Perrier-Jouët. La Boutique, ouverte sur la Cour Jardin, propose éditions limitées, livres de collection et personnalisation. Parmi les pièces mises en avant figure Perrier-Jouët Belle Epoque Florescence, champagne rosé longtemps réservé au marché japonais avant d’être présenté à une audience plus internationale. L’édition limitée convoque l’artiste, architecte et designer Garance Vallée, dont l’intervention traduit le motif floral dans une écriture graphique contemporaine.

Autre collaboration, celle du designer polonais Marcin Rusak, dont le travail explore depuis plusieurs années la matière botanique, la mémoire végétale et la transformation du vivant. Pour Perrier-Jouët, il signe une édition limitée autour d’un coffret et de flûtes, en réinterprétant l’herbier à partir d’un dessin botanique consacré à trois plantes du vignoble de la Maison. Là encore, le geste est lisible : faire passer la nature du vignoble à la table, puis de la table à l’objet.

La Belle Epoque Society trouve sa justesse lorsqu’elle évite le piège du décoratif. À Épernay, l’anémone n’est pas un simple emblème, le jardin n’est pas un accessoire, l’Art Nouveau n’est pas une citation de style. Tout repose sur une continuité : le raisin, la fleur, le verre, l’assiette, le mobilier, la cour, la cave. Dans une Champagne travaillée par le tourisme culturel autant que par les tensions du marché, Perrier-Jouët choisit ici la voie du temps long : faire de son site historique une adresse où l’on comprend que le champagne est aussi un art de composition.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

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