Home Horlogerie et JoaillerieHublot Classic Fusion Yohji Yamamoto : le noir comme matière active

Hublot Classic Fusion Yohji Yamamoto : le noir comme matière active

by pascal iakovou
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l faut regarder la montre de biais. De face, elle disparaît presque. C’est précisément là que la pièce commence.

Avec la Classic Fusion Yohji Yamamoto All Black Camo, la Maison Hublot poursuit une exploration entamée en deux mille six : celle du « All Black », non comme couleur, mais comme dispositif perceptif. Cette quatrième collaboration avec le créateur japonais s’inscrit dans une continuité rare — non pas esthétique, mais conceptuelle. Le noir n’y est jamais décoratif ; il devient structure.

Le boîtier de quarante-deux millimètres, en céramique noire microbillée, agit comme une surface d’absorption. Il ne reflète pas, il retient. La lumière ne s’y pose pas : elle s’y dilue. Cette qualité physique — souvent évoquée, rarement décrite — tient au traitement de surface, qui crée une diffusion plutôt qu’une réflexion. Le résultat n’est pas une absence de lumière, mais une modulation.

Le cadran prolonge cette logique. Le motif camouflage, imprimé en noir et gris, n’est lisible qu’en mouvement. Sur les visuels de la page 4 du dossier de presse, il apparaît presque plat ; au poignet, il se révèle par variations d’angles . Le camouflage, ici, ne sert pas à dissimuler, mais à perturber la lecture. Il introduit un léger retard perceptif — un temps d’adaptation entre regard et compréhension.

Ce traitement trouve un écho direct dans l’héritage de Yohji Yamamoto. Dès les années quatre-vingt, ses silhouettes noires proposaient une alternative à la lisibilité immédiate du vêtement. Le noir comme espace, non comme signe. Dans cette pièce, la traduction horlogère reste fidèle : le cadran ne donne pas l’heure, il la suggère.

À l’intérieur, le calibre automatique HUB1110 reste volontairement discret. Cent soixante-dix-sept composants, fréquence de quatre hertz, réserve de marche d’environ quarante-huit heures . Rien d’ostentatoire. Le fond en saphir fumé laisse apparaître le rotor squeletté sans rompre l’unité monochrome. Même le mouvement participe à cette économie visuelle.

Le bracelet, hybride textile et caoutchouc, prolonge cette tension entre couture et ingénierie. La texture évoque les tissus techniques chers au designer japonais, tandis que la structure interne répond aux contraintes d’usage. Cette dualité — souplesse apparente, rigidité fonctionnelle — résume l’ensemble de la pièce.

« Black is not just a color, it’s a presence », rappelle Yohji Yamamoto dans le dossier (page 6) . La phrase pourrait sembler attendue. Elle devient ici opératoire. Le noir n’est pas ce que l’on voit, mais ce qui conditionne la manière de voir.

Limitée à trois cents exemplaires, la montre s’inscrit dans une stratégie que la Maison Hublot affine depuis plusieurs années : déplacer la valeur de l’objet vers son expérience perceptive. Non plus montrer, mais filtrer. Non plus séduire immédiatement, mais installer une distance.

Dans un paysage horloger souvent saturé de signes, cette pièce fait un choix inverse : retirer, simplifier, obscurcir. Et laisser au regard le soin de faire le reste.

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