Le tapis rouge de la 79e cérémonie des BAFTA, dimanche 22 février à Londres, a offert moins de surprises vestimentaires que de confirmations stratégiques. Une lecture.
Chanel sur la lauréate
Jessie Buckley repart avec le prix de la Meilleure Actrice. Elle porte deux pièces de Chanel Haute Joaillerie : des boucles d’oreilles « Attirante » de la collection « Les Talismans de Chanel » en or blanc 18K et diamants, et une bague « Golden Sillage » de la collection « N°5 » en or blanc 18K, or jaune 18K, diamants, saphirs jaunes, grenats en spessartite et un diamant taille émeraude de 5,01 carats. Deux pièces, deux collections, une cohérence : la Maison ne fait pas de la cérémonie un catalogue, elle compose un regard.





Tilda Swinton, ambassadrice Chanel, porte une bague « Dreams Come True » de la collection « Reach For The Stars » en or blanc 18K, or noir et diamants naturels polis, avec un diamant taille brillante de 10,20 carats DFL. Une pierre de cette nature — définie comme Defect Free Light, soit la pureté maximale dans la classification GIA — n’est pas un accessoire. C’est une affirmation.

Gracie Abrams, également ambassadrice, combine deux registres de la Maison : une bague « N°5 Cascade » de la collection « N°5 » en or blanc 18K et diamants relevant de la Haute Joaillerie, avec des boucles d’oreilles souples transformables « Coco Crush » motif matelassé en or blanc 18K et diamants, pièce de joaillerie. Le geste est pédagogique sans l’être : montrer que les deux niveaux de la création Chanel peuvent coexister sur une même silhouette.



Maya Rudolph porte le déploiement le plus construit de la soirée côté Chanel : une bague « Diamant Évanescent » de la collection « 1.5.1 Camélia. 5 Allures » en or blanc 18K et diamants, une bague « Blé Infini » en platine et diamants avec un diamant central de 8,07 carats, et des boucles d’oreilles « Premiers Brins » de la collection « Les Blés de Chanel » en or blanc 18K serties de deux diamants taille brillant pour un poids total d’un carat et de 154 diamants taille brillant pour un poids total de 3,6 carats. Trois pièces, trois collections, un vocabulaire cohérent autour du motif botanique qui structure une partie de la création joaillière de la Maison depuis Gabriel Chanel.


Le fait mérite d’être isolé : sur les deux prix d’interprétation les plus suivis de la soirée, les deux lauréats portent une maison française — Buckley en Chanel, Aramayo en Dior. Ce n’est pas un hasard de vestiaire. Les équipes presse travaillent ces placements sur des mois ; une lauréate en Chanel Haute Joaillerie représente une fenêtre de visibilité que les campagnes publicitaires n’achètent pas. La Maison maintient sa stratégie des grandes cérémonies : joaillerie exclusive, pas de couture — le bijou comme seul porte-voix, suffisamment fort pour n’avoir besoin d’aucune robe pour exister dans le plan.
Dior habille les lauréats
Robert Aramayo repart avec le double prix de Meilleur Acteur et Rising Star en Dior : veston double boutonnage en laine noire à peak lapel version crop, pantalon assorti, chemise coton blanc à col officier, nœud papillon blanc en soie, derbies cuir noir. Archie Madekwe dans la même grammaire — veston peak lapel crop en laine et soie noire, chemise col officier en soie écrue avec col plissé brodé amovible, ceinture tuxedo soie noire, derbies D de Dior. Deux silhouettes construites à partir du même vocabulaire, déclinées avec assez de variation pour ne pas se superposer.


Leonardo DiCaprio choisit le classique : tuxedo laine et soie noire, col cranté, chemise coton blanche, nœud papillon soie noire, derbies vernis. Côté féminin, Odessa A’Zion en robe bustier dentelle brodée de bouquets, Little Simz en manteau laine gris Pre Fall 2026 avec pochette et chaussures cuir noir, EJEA en robe bustier faille moirée noire avec tulle brodé floral.

La Maison Christian Dior couvre plusieurs registres simultanément — acteur lauréat, acteur nommé, musicienne, actrices — avec une cohérence de maison plutôt qu’une logique de placement.





Louis Vuitton joue la cohérence sur deux fronts
Louis Vuitton orchestre sa présence sur un cycle de deux semaines. Au BAFTA Gala du 12 février déjà, Alicia Vikander portait du custom Vuitton — robe bustier longue en organza gris, épaules dénudées, talons plateformes argentés, boucles d’oreilles Galaxie et bracelet Élan Vital en or blanc et diamants issus de la Haute Joaillerie.
Le soir de la cérémonie : Emma Stone en robe longue custom crêpe de soie bleu, découpe keyhole, fines bretelles, légère traîne dos — bracelet Élan Vital et clous LV Diamonds en Haute Joaillerie, beauté coordonnée (LV Ombres Beige Memento, LV Rouge Dune Explorer). Alicia Vikander en two-piece custom : haut entièrement brodé multicolore sur double satin de soie bleu et crêpe de soie, jupe colonne assortie, plateformes argentées — bague Séduction sertie d’un diamant taille émeraude fancy vivid orangy yellow de 6,03 carats, boucles Galaxie. Miles Caton en costume rayé gris simple boutonnage, chemise blanche, cravate rayée grise, derbies cuir noir, montre Tambour acier cadran bleu marine.
Louis Vuitton maîtrise la continuité narrative sur un cycle événementiel complet, en déployant ses collections de Haute Joaillerie comme argument de fond.



Dunhill occupe le terrain masculin
Jesse Plemons, Jack O’Connell et Bryan Cranston arrivent dans trois déclinaisons du même vestiaire — barathea de laine, grosgrain, double boutonnage. O’Connell porte le frock coat AW26 en merino barathea marron minuit avec plastron piqué texturé et pochette jacquard floral chocolat : la pièce la plus construite de la soirée côté hommes, et la seule à affirmer une couleur. Cranston opte pour le velvet Supima cotton sur chemise Oxford bib et cummerbund. Dunhill joue la cohérence plutôt que l’éclat — c’est un choix éditorial, pas une timidité.
Boss sur l’acteur britannique
Aaron Pierre — acteur britannique — monte sur scène pour présenter en custom Boss. Le positionnement est net : Boss ne joue pas dans la même catégorie que Dunhill ou Dior sur ce tapis rouge, mais occupe un segment précis, celui du vestiaire masculin contemporain taillé pour la visibilité télévisée. Un présentateur en custom Boss devant plusieurs millions de téléspectateurs : c’est un calcul d’exposition, pas un geste de couture. Hugo Boss maîtrise ce registre depuis longtemps, et les grandes cérémonies restent pour la Maison hambourgeoise un outil de légitimation culturelle cohérent avec sa stratégie de premiumisation engagée depuis 2021.

Chalamet / Givenchy : le premier test de Sarah Burton
Timothée Chalamet en custom Givenchy by Sarah Burton — veston tuxedo double boutonnage laine noire, peak lapel, chemise et nœud papillon soie noire, pantalon double plis. Première apparition de Burton chez Givenchy sur un tapis rouge de cette visibilité. La silhouette est sobre, presque austère. Burton installe un registre, pas un spectacle.

La joaillerie comme argument de présence
Jessie Buckley en Chanel, Emma Stone et Alicia Vikander en Louis Vuitton Haute Joaillerie, Jenna Coleman et Ellie Bamber en Messika, Sadie Sink en Bvlgari, Maggie Gyllenhaal et Chase Infiniti en De Beers London. La soirée confirme ce que le marché sait depuis plusieurs saisons : la joaillerie est désormais le vrai terrain de compétition des grandes cérémonies. Les maisons qui ne peuvent pas aligner une collection de Haute Joaillerie crédible s’effacent du premier plan photographique.



Ryan Coogler en Ralph Lauren Purple Label
Le réalisateur repart avec le prix du Meilleur Scénario Original en Ralph Lauren Purple Label. Le choix d’une maison américaine, à Londres, pour une cérémonie britannique, mérite d’être noté sans être surinterprété.
Ce que la soirée confirme
Les BAFTA 2026 dessinent une géographie précise, avec des niveaux de jeu distincts. Chanel et Dior tiennent les lauréats — le placement le plus stratégique qui soit. Louis Vuitton maîtrise la durée sur deux semaines et deux registres, couture et joaillerie. Boucheron, Messika, De Beers et Bvlgari se disputent le terrain bijou avec une intensité qui dit long sur l’évolution du rapport de force entre joaillerie et mode dans l’économie des tapis rouges. Dunhill et Boss occupent le vestiaire masculin britannique, sur des positionnements voisins mais distincts — l’un par la facture de ses pièces de soirée, l’autre par la puissance de sa présence sur scène. Givenchy under Burton pose un premier jalon. La cérémonie n’est plus un soir — c’est un déploiement, et chaque maison y tient une partition calculée.

