Home ModeFashion WeekEntre Aoyama et Manhattan : la collection Automne/Hiver 2026 de vowels

Entre Aoyama et Manhattan : la collection Automne/Hiver 2026 de vowels

by pascal iakovou
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Conçue à Tokyo, fabriquée au Japon, présentée à Paris dans quatre salles correspondant à quatre villes : la Maison vowels construit sa géographie propre, loin des logiques de saison.

Il existe, dans la terminologie de l’art martial japonais, un concept que peu de maisons de mode ont eu l’audace de revendiquer comme boussole créative. Le Shu Ha Ri — maîtriser les fondamentaux d’une pratique avant d’en transgresser les règles, puis en réinventer la forme — structure depuis ses débuts la démarche de Yuki Yagi, directeur de la création de vowels. La collection Automne/Hiver 2026, intitulée « Perfect Day », en est la démonstration la plus aboutie à ce jour.

La bibliothèque comme outil de production

Le processus de conception de vowels commence loin des showrooms. Yagi puise dans la Research Library new-yorkaise de la Maison — une collection documentaire constituée au fil des voyages et des acquisitions — ainsi que dans ses déplacements personnels à travers le monde. Ce que le communiqué nomme prudemment « références » prend ici une forme concrète : une toile de Frans Everbag, peintre flamand du XVIIe siècle réputé pour ses représentations champêtres, est transposée en motif sur plusieurs pièces de la collection. Des skieurs alpins, un extérieur rural, des tulipes : autant de trouvailles qui traversent les techniques de fabrication sans en trahir l’origine.

La palette chromatique suit la même logique d’équilibre entre retenue et intention : vert mousse, bordeaux, violet profond constituent le fond, sur lequel interviennent des accents de jaune marigold et de bleus glacés. Pas d’accident, pas de couleur pour la couleur — chaque ton répond à une logique de cohérence au sein de la garde-robe.

La production comme positionnement

Là où la collection devient un argument de fond : la totalité des pièces est fabriquée au Japon. Dans un secteur où la désindustrialisation du luxe s’est faite progressivement, souvent en silence, ce choix de production relève d’un positionnement aussi esthétique qu’économique. Les ateliers japonais, réputés pour leurs tolérances de fabrication et leur rapport à la finition, donnent aux pièces de vowels une cohérence entre l’intention du dessin et sa réalisation.

La collection articule tailoring en costumes croisés et pardessus assortis avec des pièces à fonction quotidienne — chemises tissées, maille, denim. La veste trucker en velours côtelé pour les journées de transition, la veste coque bicolore contre les intempéries, le bomber tricoté — une pièce reconnaissable des saisons passées — traité ici en camouflage rose, mauve et vert. L’offre accessoires s’élargit : cravates et écharpes coordonnées aux costumes, petite maroquinerie de poche, sacs à dos et week-end bags conçus pour l’usage urbain quotidien.

DÉTAIL — 

La présentation au 76, rue de Turenne s’organise en quatre salles, chacune associée à une ville précise : New York (où se trouve la boutique principale de la Maison), Kyoto (ville natale de Yuki Yagi), Paris (lieu de la présentation), Los Angeles (où Yagi réside une partie de l’année). Ce dispositif spatial n’est pas décoratif : il cartographie les fuseaux horaires dans lesquels la Maison opère, et rend visible la tension entre l’éthique et l’intentionnalité du Japon et la vitesse et l’instinct de New York que Yagi revendique comme moteur créatif.

La question que pose « Perfect Day » dépasse le cadre saisonnier. À l’heure où la mode masculine cherche ses repères entre réduction d’empreinte industrielle et exigence de facture, vowels propose une réponse cohérente — non par déclaration d’intention, mais par la somme de ses choix de production. Ce que Yuki Yagi construira au fil des saisons, c’est peut-être une démonstration que le Ha — la transgression raisonnée des règles maîtrisées — peut avoir une géographie précise : quelque part entre Aoyama et Canal Street.

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