Quand l’imperfection devient matière première

by PASCAL IAKOVOU
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Pour Homo Faber 2026, Buccellati choisit de montrer deux savoir-faire qui disent beaucoup de sa culture matérielle : le travail de l’argent en feuilles extrêmement fines, destiné à imiter le mouvement du pelage ou des plumes, et l’usage de perles baroques dont l’irrégularité devient le point de départ du dessin. L’intérêt n’est pas dans l’effet naturaliste seul, mais dans la manière dont la Maison transforme une contrainte de matière en langage.

La technique dite Furry a été développée par Gianmaria Buccellati dans les années soixante. Elle consiste à travailler manuellement des feuilles d’argent très minces afin de reproduire la texture du poil ou de la plume. Le métal doit perdre visuellement sa rigidité pour acquérir une souplesse presque organique. À Homo Faber, cette technique apparaît notamment dans un éventail de plumes associé à une broche animalière, manière de rappeler que l’orfèvrerie peut chercher moins la masse que la vibration.

Le second axe est plus directement joaillier. Buccellati présente la broche *Bird of Paradise*, créée en 2002 par Gianmaria Buccellati et conservée dans la collection historique de la Maison. La pièce repose sur une perle Scaramazza, autrement dit une perle baroque dont la forme irrégulière devient ici le corps de l’animal. Là où la joaillerie classique a longtemps valorisé la symétrie et la perfection, Buccellati inverse la logique : c’est précisément l’anomalie de la perle qui provoque le dessin.

Silver Feather Furry

Le plumage est réalisé en or blanc, gravé selon la technique *Rigato* puis serti de diamants taille brillant. La tête associe or jaune gravé, diamants brillants et un diamant de fantaisie ; le bec et l’œil sont polis en or jaune. L’ensemble ne cherche pas à effacer l’irrégularité originelle. Au contraire, la structure entière de la broche s’organise autour d’elle.

Cette pièce permet de comprendre pourquoi la présence de Buccellati à Homo Faber est plus pertinente qu’une simple exposition patrimoniale. La biennale, organisée du premier au trente septembre à la Fondazione Giorgio Cini, réunit plus de quatre cents artisans, plus de huit cents objets et des participants venus de plus de soixante-dix pays. La Maison y participe pour la troisième année consécutive, dans un contexte où la transmission technique redevient un enjeu culturel autant qu’économique.

Buccellati rappelle ainsi qu’un savoir-faire n’est pas seulement une recette répétée. Il peut aussi être une capacité à regarder autrement la matière disponible. Une feuille d’argent peut devenir plume. Une perle imparfaite peut dicter l’anatomie entière d’un oiseau. C’est peut-être là que la tradition conserve sa force : lorsqu’elle continue à produire de nouvelles réponses plutôt qu’à répéter ses propres signes.

Bird of Paradise Brooch Gianmaria Buccellati 2002 Buccellati Vintage Collection

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