Soixante ans après sa fondation, la maison dinh van n’a rien perdu de cette audace qui fit trembler les codes de la Place Vendôme. Pour la Saint-Valentin 2026, le joaillier parisien déploie une partition amoureuse en quatre mouvements, ressuscitant des pièces d’archives aux côtés de ses icônes contemporaines. Une stratégie patrimoniale qui témoigne de la richesse d’un vocabulaire joaillier construit depuis 1965 autour d’une obsession : faire du bijou un langage universel du sentiment.
La réédition la plus audacieuse de cette collection festive est sans conteste celle des médailles Kamasutra, créées en 1972 par Jean Dinh Van lui-même. Le joaillier franco-vietnamien, disparu en juillet 2022, avait imaginé ces talismans secrets après qu’un ami lui eut rapporté d’Asie un sou ancien dont la forme circulaire percée d’un carré l’avait fasciné. Le premier modèle arborait quatre idéogrammes disposés en points cardinaux, sans aucune bélière ni système d’accroche — une radicalité formelle qui préfigurait le concept du bijou-sculpture cher à la maison. Aujourd’hui rééditées en or jaune avec gravure en creux selon la technique ancestrale de la glyptique, ces médailles révèlent, à qui prend le temps de les observer, des silhouettes enlacées inspirées du traité millénaire. Le collier petit modèle de 17 mm sur chaîne dinh van XS s’affiche à 2 750 euros, tandis que le bracelet sur cordon atteint 1 490 euros. Les modèles moyen et grand demeurent sur demande, préservant cette part de mystère inhérente à la pièce.
La collaboration historique avec Paco Rabanne ressurgit également à travers la Bague Double, née en 1968 de la rencontre de deux esprits avant-gardistes. Jean Dinh Van, alors jeune joaillier affranchi de ses dix années chez Cartier, et le couturier espagnol partageaient une même vision du corps comme terrain d’expression radicale. Leurs deux anneaux liés mais indépendants, capables de se frôler sans jamais se confondre, traduisaient déjà cette conception de l’amour que la maison n’a cessé de cultiver : l’attachement sans la contrainte, l’union sans la fusion. Déclinée en argent à 650 euros et en or jaune à 3 990 euros, cette alliance réinventée traverse les décennies sans rien perdre de sa charge subversive.
Plus romantique dans son expression, la collection Double Cœurs propose une variation sur le thème de la complicité amoureuse. Deux cœurs enlacés se dessinent dans la pureté du métal, capturant ce moment suspendu où deux êtres s’accordent avant même d’avoir échangé un mot. L’entrée de gamme s’établit à 750 euros pour le bracelet sur cordon en or rose, tandis que les versions serties de diamants oscillent entre 1 350 et 1 810 euros selon les modèles. La mono créole grand modèle en or jaune atteint 1 790 euros, offrant une alternative singulière aux boucles d’oreilles traditionnelles de la Saint-Valentin.
Les Menottes dinh van, collection emblématique née en 1976, complètent ce quatuor amoureux avec la force de l’évidence. Ce fermoir devenu emblème, inspiré à l’origine d’un simple porte-clés, incarne depuis près d’un demi-siècle le vocabulaire sentimental de la maison. « Aimer, c’est choisir », proclame la marque dans son dossier de presse rédigé par l’historienne du bijou Vanessa Cron. Les prix s’échelonnent du collier multi-motifs en or jaune à 990 euros jusqu’aux modèles grand format sertis de diamants atteignant 11 450 euros pour le collier et 5 150 euros pour le bracelet en platine.
L’histoire de Jean Dinh Van éclaire la singularité de ce positionnement joaillier. Né en 1927 à Boulogne-Billancourt d’un père laqueur vietnamien et d’une mère bretonne, il étudie aux Arts Décoratifs avant d’intégrer les ateliers Cartier en 1946. Dix années d’apprentissage dans la plus pure tradition joaillière le conduisent paradoxalement à rompre avec ses codes. En 1965, il ouvre son propre atelier place Gaillon avec une conviction : le bijou ne doit pas être ostentatoire mais refléter la personnalité de celle qui le porte, l’accompagnant au quotidien plutôt que de sommeiller dans un coffre. La rencontre avec Marie-Françoise Bleustein-Blanchet, fille du fondateur de Publicis, lui permet de commercialiser ses créations au Drugstore des Champs-Élysées — un canal de distribution impensable pour la joaillerie traditionnelle de l’époque.
Cette philosophie du « bijou pour tous les jours » a traversé six décennies sans s’altérer. Après avoir cédé sa maison en 1998 à Éric Laporte et un groupe d’investisseurs, Jean Dinh Van s’était retiré en Touraine où il continua de créer sous la marque Hanoï jusqu’à sa disparition en 2022. La maison qu’il a fondée, désormais dirigée par Corinne Le Foll (ancienne directrice générale de Cartier France), perpétue cet esprit iconoclaste qui fit sa réputation. L’année 2025 aura été marquée par les célébrations du soixantième anniversaire, avec une exposition, un livre et un film retraçant l’œuvre du créateur.




Site officiel : www.dinhvan.com

