Tobacco Carnaval, ou la nuit qui ne finit pas

by Pascal Iakovou
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Il y a une catégorie de parfums qu’on n’oublie pas. Non parce qu’ils sont beaux — beaucoup de parfums sont beaux — mais parce qu’ils dérangent quelque chose en vous que vous ne saviez pas dérangeable. Tobacco Carnaval, cinquième opus de la collection Mystères Olfactifs de Maison Crivelli, appartient à cette catégorie des perturbateurs.

C’est un extrait de parfum. La concentration maximale, celle qui ne tolère aucune approximation dans la composition. Le parfumeur Quentin Bisch, de chez Givaudan, a travaillé ici sur une matière première parmi les plus clivantes de la parfumerie : le tabac. Non pas le tabac blond des cigarettes de cinéma, mais quelque chose de plus nocturne, de plus organique — le tabac comme feuille séchée au soleil, comme odeur qui s’incruste dans la peau et le tissu et qui revient, le lendemain matin, comme un souvenir que vous n’avez pas choisi.

Quentin Bisch, l’architecte du trouble

Bisch est un parfumeur qui n’a pas peur. On lui doit plusieurs compositions qui ont redéfini ce que le grand public était prêt à accepter olfactivement — une pointe de soufre ici, une animalité assumée là. Avec Tobacco Carnaval, il ajoute à ce tabac travaillé une dimension festive, presque carnassière : le carnaval comme métaphore d’une nuit où les règles sont suspendues, où les identités se brouillent, où la séduction n’a plus besoin de se justifier.

Le résultat est mixte — dans les deux sens du terme. Unisexe d’abord, conçu pour ne pas appartenir à un genre. Et mixte au sens de mélangé : quelque chose de doux et quelque chose d’âpre, de festif et de mélancolique, comme ces nuits de bal masqué qui commencent dans l’euphorie et finissent dans une certaine tristesse silencieuse.

La maison et ses mystères

Maison Crivelli a construit sa réputation sur cette idée de mystère cultivé. Chaque opus de la collection Mystères Olfactifs est pensé comme une énigme olfactive — non pas un problème à résoudre, mais une question à habiter. La maison, fondée à Paris, revendique une niche dans la niche : des parfums pour ceux qui ont déjà tout senti et qui cherchent encore.

Le flacon de Tobacco Carnaval — dont le design n’a pas encore été communiqué au moment de cet embargo — s’annonce fidèle à l’esthétique de la collection : rigoureux et sensuel, minimaliste dans sa forme, maximaliste dans ce qu’il contient. La version 50ml sera proposée à 215 euros, la version 100ml à 370 euros. Des prix dans la norme haute de la parfumerie de niche, cohérents avec la densité olfactive d’un extrait.

Ce que le carnaval raconte

Il est tentant de voir dans le choix du carnaval comme territoire olfactif une métaphore de notre époque — ce moment où les masques sont devenus une nécessité sanitaire avant d’être redevenus une question de désir. Le carnaval a toujours été le lieu de ce paradoxe : se cacher pour se révéler, se travestir pour être plus soi.

Tobacco Carnaval sortira officiellement le 3 septembre 2026. D’ici là, il restera ce qu’il est peut-être fondamentalement : une promesse. Et les meilleures fêtes sont toujours celles qu’on attend.

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