La nuit parisienne n’est jamais un décor neutre. Elle agit. Elle transforme. Elle révèle des comportements que le jour contenait. Chez Jitrois, cette saison Automne-Hiver 2026/2027 ne cherche pas à représenter cette nuit, mais à en restituer la mécanique.
Le point de départ est le corps.
Depuis sa fondation, la maison a construit un vocabulaire précis autour du cuir stretch — une matière qui épouse sans corriger, qui suit sans contraindre. Ici, elle agit comme une seconde peau : elle enregistre le mouvement, le prolonge, le rend lisible. Le vêtement ne dissimule pas. Il amplifie. Il devient une surface de traduction du geste .
Cette saison, cette logique est déplacée vers un territoire narratif : celui des « Urban Romantics ».
Une figure qui n’est pas un personnage, mais un état. Celui d’individus traversant la ville la nuit, dans un entre-deux où les identités se recomposent. Le projet porté par Jean-Claude Jitrois, accompagné de Tristan Van Bruwaene et Jay Wilson, consiste à inscrire cet état dans la coupe.
Les silhouettes se construisent autour de lignes verticales nettes.
Combinaisons zippées, robes ajustées, corseterie : chaque pièce structure le corps sans le rigidifier. Le cuir devient architecture. Les vestes tailleur et manteaux prolongent cette idée, introduisant une autorité presque urbaine, ancrée dans une lecture parisienne du vêtement. En contrepoint, la transparence intervient — dentelle, ouvertures, jeux de superposition — introduisant une instabilité.
Le vêtement oscille.
Entre contrôle et abandon. Entre exposition et retrait.
La collection dialogue explicitement avec l’architecture de Paris. Certaines broderies reprennent les lignes du fer forgé des balcons haussmanniens, traduisant un vocabulaire urbain en surface textile. Cette relation à la ville n’est pas illustrative : elle est structurelle. Le vêtement se construit comme une extension de l’espace nocturne.
La palette suit cette logique.
Noir profond, dominant, comme matière première de la nuit. Puis des intensités : bordeaux, rouge, or — non pas comme accents décoratifs, mais comme signaux. Des touches électriques — bleu, vert — introduisent une tension contemporaine, presque énergétique. L’ensemble fonctionne par contrastes maîtrisés, comme un éclairage urbain fragmenté.
Cette collection s’inscrit dans une continuité culturelle.
Des nuits du Le Palace aux références visuelles de Helmut Newton, Jitrois évolue depuis toujours dans ces espaces où mode, désir et musique se rencontrent. Mais ici, cette mémoire n’est pas citée. Elle est absorbée.
Ce qui change, c’est la manière de l’activer.
La nuit n’est plus un décor chargé de références. Elle devient un système de transformation. Un moment où le vêtement se resserre, où la silhouette se précise, où le corps prend une autre intensité.
Chez Jitrois, le cuir n’est pas une matière iconique.
C’est un outil.
Un moyen de rendre visible ce qui, dans la nuit, reste habituellement diffus : le mouvement, la tension, la présence. Une couture qui ne raconte pas une histoire, mais qui capte un état.
Celui où le corps devient possibilité.








































