Quand la monture cesse d’être discrète pour devenir architecture du visage.
Il y a dix ans, le mince l’emportait sur tout. La monture fine, quasi invisible, signalait une certaine idée de la sophistication — celle qui ne s’affiche pas. Victoria Beckham eyewear prend le contre-pied cette saison, avec des montures en acétate aux sections généreuses, aux angles nets, qui enveloppent l’orbite plutôt qu’elles ne l’effacent.
Le geste n’est pas anodin.
Le retour du volume
L’acétate — acétate de cellulose, matière issue de la filière coton ou bois selon les manufactures — autorise des sections transversales que l’acier ou le titane ne permettent pas sans alourdir la monture. Sa densité optique, sa capacité à absorber les teintes en profondeur plutôt qu’en surface, en font le seul matériau capable de donner à une branche ou un cerclage cette impression de bloc, de masse maîtrisée. C’est précisément ce que la collection travaille : des profils qui tiennent sur le visage comme un volume architectural, non comme un accessoire périphérique.
La silhouette hivernale — manteau oversize, mailles denses, superpositions — appelle naturellement des proportions équilibrées en hauteur. La monture épaisse répond à cette logique d’ensemble. Elle complète le vêtement au lieu de l’ignorer.
Ce que l’effet masque révèle
Il existait, dans les années soixante-dix, une tradition du regard encadré. André Courrèges, Geoffrey Beene, les créateurs qui pensaient la mode comme totalité plastique — corps, tête, visage — traitaient la monture comme un élément de construction, pas un ajout. Ce retour aux formes imposantes ne relève donc pas d’un caprice saisonnier. Il s’inscrit dans un cycle plus long : celui où l’accessoire cesse de se faire oublier pour revendiquer une place dans la composition générale.
Chez Victoria Beckham, la palette reste contenue — teintes sourdes, profondeurs chromatiques plus que saturations — ce qui évite à la monture de basculer dans l’ostentation. Le volume est là ; il n’hurle pas.
L’encadré détail
L’acétate de cellulose est travaillé en blocs, découpés, poncés, parfois chauffés pour cintrages plus précis. Contrairement au plastique injecté, il requiert une finition manuelle des tranches. L’épaisseur n’est pas seulement visuelle — elle est aussi tactile, perceptible au contact du verre ou de la tempe.
La vraie question que pose cette collection n’est pas stylistique. C’est une question de rapport au visage : accepter qu’il soit cadré, structuré, délimité — plutôt qu’exposé dans sa nudité optique. Ce que les montures fines promettaient (la transparence, l’effacement), les montures épaisses le refusent. Avec une certaine logique, dans une époque où l’invisibilité ne semble plus être le luxe qu’elle était.




