Neuf cents grammes. Cent vingt euros. Chez Ritz Paris Le Comptoir, l’Œuf Gaufrette de Pâques 2026 ne se contente pas d’occuper une vitrine : il occupe un territoire. Celui du goûter industriel transposé dans le champ du palace.
Le geste est signé Joris Theysset, Chef pâtissier de l’adresse. Plutôt que de mouler un chocolat garni de fritures, il inverse la hiérarchie pâtissière classique : le biscuit devient structure, le chocolat enveloppe.
La pièce repose sur une stratigraphie nette. Des gaufrettes fines croustillantes, calibrées pour conserver leur friabilité sans céder à la pression du moulage. Entre chaque couche, une pâte à tartiner chocolat-noisette enrichie d’éclats de noisettes torréfiées. La granulométrie, perceptible sous la dent, crée un contraste avec la pâte lisse. L’ensemble est ensuite enveloppé d’un chocolat de couverture dont le dossier ne précise ni l’origine ni le pourcentage de cacao. L’enrobage n’est pas uniforme : par endroits, il laisse apparaître la trame du biscuit. La coque devient coupe transversale.
Au centre, non pas un assortiment de fritures, mais des gaufrettes garnies — noisette, pistache, chocolat — répétant à échelle réduite le principe constructif de l’œuf. Le matériau se décline du macro au micro. Même logique, autre dimension.
La Rigueur du Geste tient ici dans la tension entre fragilité et masse. Neuf cents grammes de couches alternées supposent un assemblage précis : alignement des plaques, régularité des intercalaires, maîtrise du tempérage pour que la coque stabilise l’ensemble sans fissure. Le biscuit industriel d’origine — celui vendu par sachets de dix dans les rayons de supermarché — est disséqué, puis reconstruit avec des matières premières choisies : noisettes torréfiées, pâte à tartiner maison, chocolat travaillé en couverture. Le souvenir devient protocole.
Le Soft Power du geste est plus discret. En assumant la gaufrette comme matériau premier, le Ritz Paris inscrit la nostalgie dans l’économie du palace. Ce n’est pas la première fois que la haute pâtisserie dialogue avec l’industrie — d’autres Chefs ont déjà moulé ou déconstruit des confiseries populaires — mais voir une institution comme Ritz Paris adopter frontalement ce vocabulaire marque un déplacement. Le régressif n’est plus caché derrière un glaçage technique ; il est revendiqué.
En parallèle, la Mad’Famille prolonge cette réflexion formelle. Trois moulages chocolat — poule, lapin, poisson — inspirés de la Madeleine, signature de la Maison. Créations de François Perret, elles traduisent une autre translation : d’un petit gâteau beurré vers un volume chocolaté. Mad’Poule associe chocolat noir, caramel filant et éclats de cacahuètes salées. Mad’Lapin abrite un praliné noisette. Mad’Poisson mêle chocolat blanc et noix de coco torréfiée et sablée. Chaque pièce pèse entre 230 et 270 grammes pour 55 euros.
L’Œuf Gaufrette, à 120 euros pour 900 grammes, affiche un ratio de 13,3 centimes le gramme. Moins élevé que celui des moulages animaliers. Le palace tarife ici moins la rareté du cacao que la complexité de l’assemblage. Précommandes ouvertes le 3 mars, disponibilité boutique à partir du 12 mars 2026 : neuf jours qui suggèrent une production calibrée, probablement ajustée aux volumes réservés.
L’Œuf Gaufrette documente un moment précis de la pâtisserie contemporaine : celui où le biscuit industriel cesse d’être un souvenir honteux pour devenir une matrice formelle. Non pas copié, mais reconstruit. La gaufrette, désormais, porte le poids du palace.


















