À l’occasion de la Semaine de la Haute Couture de janvier deux mille vingt-six, Graff dévoile à Paris une parure de haute joaillerie construite autour d’un saphir non chauffé de trente et un carats. Plus qu’une campagne, un exercice de maîtrise où la pierre impose son rythme à la forme.
Il faut commencer par la donnée brute. La pièce centrale est un saphir taille émeraude de trente et un carats, d’origine birmane, non chauffé — précision essentielle dans un paysage joaillier où le traitement thermique est devenu la norme. Autour de cette pierre, plus de deux cents carats de diamants, majoritairement taille émeraude et taille poire, organisés pour former un collier ras-du-cou à surface continue. La composition n’est pas pensée comme une accumulation, mais comme un champ lumineux homogène, traversé par la couleur bleue de la pierre centrale.
La taille émeraude, choisie tant pour le saphir que pour les diamants principaux, impose une lecture architecturale. Elle révèle les inclusions, les tensions internes, la profondeur réelle de la gemme. Chez Graff, cette taille n’est pas un effet esthétique mais un outil de vérification : elle ne tolère ni approximation ni compromis sur la qualité du brut. Le collier devient ainsi une surface plane en apparence, mais construite par une succession de facettes qui laissent circuler la lumière sans rupture.
La parure est complétée par une paire de boucles d’oreilles assorties. Chacune est articulée autour d’un saphir taille émeraude de cinq carats, encadré de diamants taille poire et taille émeraude. Là encore, la logique est celle du mouvement contenu : une cascade structurée, pensée pour accompagner le port plutôt que pour attirer l’œil par la seule brillance. Le dessin privilégie l’équilibre et la répétition maîtrisée des volumes.
Le communiqué évoque des centaines d’heures de travail. L’information mérite d’être traduite. Une telle pièce implique un calibrage individuel de chaque diamant, une mise en pierre ajustée à la tolérance du micron, et une construction du serti pensée pour disparaître visuellement tout en garantissant la stabilité de l’ensemble. Les maîtres artisans de la Maison travaillent ici dans une logique de disparition du geste : le savoir-faire n’est perceptible qu’à travers la continuité de la surface et la précision des alignements.
L’inspiration revendiquée — une goutte d’eau effleurant une surface immobile — pourrait sembler convenue. Elle devient pertinente lorsqu’on observe le traitement des diamants taille émeraude, disposés comme un plan réfléchissant, presque liquide, sur lequel le saphir central agit comme un point de tension chromatique. Le bijou ne raconte pas une histoire ; il met en place une situation optique.
La campagne est incarnée par le mannequin Bibi Breslin, photographiée dans un dispositif volontairement dépouillé. Le décor s’efface au profit de la lecture de la parure. Ce choix n’est pas anodin : il rappelle que, chez Graff, la haute joaillerie reste d’abord un exercice de lapidairerie et de construction, avant d’être une image.
Depuis sa fondation en mille neuf cent soixante par Laurence Graff, la Maison s’est imposée par une approche verticale du diamant, de la pierre brute à la pièce finie. Cette parure s’inscrit dans cette continuité : une pierre rare, sélectionnée pour ses caractéristiques intrinsèques, puis dessinée de l’intérieur vers l’extérieur. François Graff parle d’héritage ; on pourrait plus justement évoquer une méthode.
Présentée durant la Semaine de la Haute Couture, du vingt-six au vingt-neuf janvier deux mille vingt-six à Paris, cette création rappelle une évidence souvent oubliée : la haute joaillerie n’est pas un discours. C’est une discipline. Et lorsque la pierre est suffisamment forte, elle n’a besoin ni de justification ni de spectaculaire.















