Dans la joaillerie tokyoïte contemporaine, la figure mythologique sert rarement la narration. Elle sert le geste.
Il y a dans la joaillerie japonaise contemporaine une façon de traiter le volume qui n’appartient qu’à elle. Ni la sobriété minimaliste que l’on prête par défaut au design nippon, ni l’accumulation démonstrative de la haute joaillerie européenne. Quelque chose de plus intermédiaire, de plus instable — une tension entre la rigueur du serti et l’audace de la forme. La bague Pegasus de Mio Harutaka illustre cette disposition avec une clarté rare.
Le cheval comme architecture
La pièce est construite en or blanc 18 carats, serti de saphirs aux nuances profondes et de diamants taille brillant. Mais ce qui retient l’attention n’est pas la liste des matières — c’est leur organisation dans l’espace. Pegasus est une bague volumétrique : le cheval ailé ne s’y pose pas comme un motif plat, il s’y déploie en relief, les ailes travaillées comme des plans distincts, le corps suggérant une torsion qui donne l’illusion du mouvement suspendu. Le bijou déborde du doigt plutôt qu’il ne s’y loge.
C’est précisément là que réside la difficulté technique. Un volume aussi complexe, serti de pierres de dimensions et de teintes différentes, exige que chaque élément de la monture soit calculé pour maintenir la cohérence optique de l’ensemble — que la lumière circule entre les ailes sans créer de zone morte, que les saphirs et les diamants dialoguent sans se neutraliser. La taille brillant, choisie pour les diamants, maximise la dispersion lumineuse sur chaque facette ; les saphirs, aux nuances plus sourdes, absorbent cette lumière plutôt qu’ils ne la renvoient, créant une alternance de profondeur et d’éclat qui structure visuellement l’animal.
Tokyo, 2011
Maison Mio Harutaka a été fondée à Tokyo en 2011, dans une tradition joaillière japonaise qui distingue volontiers la pièce unique de la série, et place la précision d’exécution au-dessus du spectacle commercial. L’inspiration systématiquement naturaliste — formes vivantes, mouvements organiques — n’est pas un parti pris décoratif. C’est une contrainte de fabrication : reproduire le vivant en métal et en pierres oblige à résoudre des problèmes de proportion et d’équilibre que la géométrie pure ne pose pas.
Détail — Le serti de pierres sur une structure tridimensionnelle de cette complexité nécessite un travail de mise en volume préalable de la monture, puis un serti pierre par pierre, en tenant compte des dilatations thermiques du métal. L’or blanc, plus rigide que l’or jaune, tolère moins l’erreur de positionnement.
Ce que Pegasus pose comme question, au-delà de la référence mythologique et du calendrier lunaire, c’est celle-ci : jusqu’où la joaillerie peut-elle s’approprier la sculpture sans perdre sa fonction portée ? Mio Harutaka n’y répond pas encore complètement. Mais la direction est tracée avec une précision qui mérite attention.


