Paris, FW26. Loin des vacarmes numériques et des surenchères scénographiques, Magliano opère un retour à l’analogique. Une collection qui s’écoute autant qu’elle se regarde, ancrant le luxe non dans l’apparat, mais dans une réalité provinciale sublimée par le geste.
LE SON D’UNE ÉLÉGANCE BRUTE
C’est par un sifflement que s’ouvre ce chapitre. Une performance d’Elena Somaré sur une composition d’Aase Nielsen, rappelant les appels partisans ou les sérénades de rue. Ce choix n’est pas anodin : il pose le décor d’une saison « unplugged », débranchée, où le vêtement doit exister sans l’électricité du marketing, simplement par l’épaisseur de l’air qu’il déplace.
Magliano poursuit ici son exploration de la « provincia ». Non pas comme une géographie limitante, mais comme un espace lyrique où les codes vestimentaires sont à la fois rigides et désespérément sentimentaux. Il en résulte une anthologie de classiques, un vernaculaire universel qui refuse l’étiquette de la simple nostalgie pour proposer une urgence contemporaine.
MATIÈRES : LA COMPLEXITÉ DU BANAL
L’intérêt technique de cette collection réside dans le traitement des matières, brouillant les pistes entre le noble et le trivial. Le vestiaire s’appuie sur des piliers britanniques robustes : Shetland, Harris Tweed et mohair, travaillés dans des coupes qui rappellent les tailleurs et twin-sets des années 90.
Mais le créateur va plus loin dans la manipulation textile. Il introduit une « crase visuelle » sur les pièces à manches : des écharpes et de l’organza traversent littéralement les manteaux, créant un effet de nebbia (brouillard) ou de condensation, matérialisant l’atmosphère humide des nuits d’hiver.
Le détail qui retient l’attention de l’observateur averti se trouve cependant dans l’usage du polyester. Magliano s’empare de ce « fresco di poliestere » — matière utilitaire par excellence — et le complexifie par des finitions abondantes jusqu’à lui donner l’aspect organique du mouton retourné. C’est ici que réside la signature de la Maison : anoblir le synthétique par la main, stresser la matière pour lui inventer une âme.
FONCTION ET PROTECTION
Les silhouettes racontent une histoire de protection, voire de superstition. Les pantalons sont construits pour vriller, enserrer, se révoltant presque contre le porteur. En réponse à cette contrainte physique, la taille se pare d’amulettes : morceaux de ceintures et fragments de sartoria assemblés comme des gris-gris pour conjurer le sort.
L’imagerie domestique s’invite sur la soie, avec des imprimés de cristallerie et de trousseaux de clés, symboles d’un besoin impérieux de foyer (« Casa ») et d’espace sécurisé. Même la « giacca taxi » est repensée avec une fonction poétique précise : celle de vêtir celui qui attend dans le gel nocturne.
Cette collection FW26, présentée à Paris, ville de barricades et de baisers, confirme que le luxe selon Magliano n’est pas « quiet ». Il est « rough », agité, et profondément vivant.






























