Le vestiaire de scène comme extension du langage chorégraphique — Giorgio Armani signe les costumes des seize couples de danseurs qui inaugureront, ce jeudi soir à la Wiener Staatsoper, le Bal de l’Opéra de Vienne 2026.
La direction du Wiener Staatsballett, confiée à Alessandra Ferri depuis son arrivée à la tête de la compagnie, a sollicité la Maison Armani pour ce ballet d’ouverture choral. Ce projet compte parmi les dernières créations scéniques supervisées par le créateur milanais. Il prolonge une relation de longue date entre Armani et Ferri, figure tutélaire de la danse contemporaine, ancienne étoile de l’American Ballet Theatre et de la Scala.
Quand le costume contraint le geste
Concevoir pour la danse impose des contraintes que la haute couture ignore. Un costume de scène doit autoriser l’amplitude maximale du mouvement — relevés, grands jetés, portés — tout en restant lisible depuis la loge impériale comme depuis le parterre. La coupe suit la ligne du corps en extension, jamais au repos. Les matières doivent respirer sous la chaleur des projecteurs, résister aux frottements et aux tensions répétées sans perdre leur tenue.
Armani a bâti une partie de son vocabulaire formel sur l’idée de fluidité structurée — vestes déstructurées, drapés maîtrisés, silhouettes qui épousent le mouvement sans le contraindre. Transposée à la scène, cette approche devient un langage scénographique : le costume n’illustre pas la chorégraphie, il en devient l’extension textile.
Le Bal comme soft power autrichien
Le Bal de l’Opéra de Vienne constitue depuis 1935 l’un des instruments de diplomatie culturelle de l’Autriche. Chaque année, six mille invités convergent vers la Ringstraße pour une soirée où le protocole se mêle à la performance artistique. L’ouverture par le ballet du Staatsballett fonctionne comme un rappel : avant d’être un événement mondain, ce bal reste d’abord une manifestation de l’excellence lyrique et chorégraphique viennoise.
Confier la conception des costumes à Giorgio Armani — maison italienne non rattachée à l’écosystème textile autrichien — signale une posture : celle d’une institution qui assume ses collaborations internationales sans renoncer à son identité. Le Staatsoper choisit ses partenaires selon des logiques d’affinité esthétique, pas de géographie.
Ce que le vestiaire dit de la vision d’Alessandra Ferri
Alessandra Ferri a rejoint la direction artistique du Wiener Staatsballett avec un mandat clair : ouvrir le répertoire tout en maintenant l’exigence technique de la compagnie. Faire appel à Armani pour le ballet inaugural du Bal participe de cette ambition — introduire une grammaire vestimentaire contemporaine dans un cadre institutionnel chargé d’histoire.
Ferri connaît intimement le travail d’Armani. Leur collaboration remonte à plusieurs productions, notamment des créations où le costume devenait partie intégrante de la dramaturgie chorégraphique. Cette continuité permet d’éviter l’écueil du « costume événement » — pièce spectaculaire mais déconnectée du mouvement — au profit d’un vestiaire pensé comme partition visuelle.
L’héritage Armani face aux arts vivants
Ce projet s’inscrit dans une trajectoire plus vaste. Armani a régulièrement travaillé avec le monde du spectacle — opéra, théâtre, cinéma — en y appliquant les mêmes principes que dans ses collections : sobriété des lignes, qualité des matières, refus du superflu. Cette cohérence entre vestiaire de ville et vestiaire de scène dessine une forme de continuité esthétique : qu’il s’agisse d’une veste portée à Milan ou d’un costume dansé à Vienne, la même attention à la coupe, au tombé, à la liberté du corps demeure.
Alors que la Maison Armani traverse une période de transition — Giorgio Armani ayant annoncé une réorganisation progressive de ses responsabilités — ces collaborations scéniques rappellent une dimension souvent minorée de son travail : celle d’un créateur qui n’a jamais dissocié le vêtement du mouvement, la forme de sa fonction.







