Home Horlogerie et JoaillerieL’exigence du geste : Kering et la souveraineté manufacturière de Raselli Franco Group

L’exigence du geste : Kering et la souveraineté manufacturière de Raselli Franco Group

by pascal iakovou
0 comments

Dans l’univers de la haute joaillerie, le silence de l’atelier est souvent plus éloquent que le bruit des vitrines. Le 18 décembre 2025, le groupe Kering a posé un acte de souveraineté technique en annonçant l’acquisition progressive de Raselli Franco Group, l’une des manufactures de joaillerie indépendantes les plus significatives d’Europe. Cette opération, qui débute par une prise de participation initiale de 20 % pour un montant de 115 millions d’euros au premier trimestre 2026, dessine une trajectoire de contrôle total à l’horizon 2032. Au-delà de la transaction financière, il s’agit d’une quête de pérennité pour les Maisons du groupe — Boucheron, Pomellato, Dodo et Qeelin — dans un segment où la récurrence des revenus et la résilience du marché exigent une maîtrise absolue de la chaîne de valeur.

Fondée en 1969, la Maison Raselli Franco s’est imposée par une rigueur du geste qui réconcilie l’artisanat ancestral et les technologies de pointe. Sa capacité unique à orchestrer l’intégralité du cycle de création, du sourçage rigoureux des pierres précieuses jusqu’au contrôle qualité final, en passant par la recherche et le développement, en fait un partenaire stratégique de longue date pour Kering. L’exigence technique de la manufacture s’exprime notamment à travers une double maîtrise : celle de la fonte traditionnelle et celle de l’usinage par commande numérique (CNC). Cette dernière technique permet de sculpter et de graver les matériaux les plus nobles avec une précision mathématique, offrant une liberté formelle indispensable à la réalisation d’objets d’exception.

Ce rapprochement s’inscrit dans une logique de « Soft Power » où la manufacture devient le moteur de la diplomatie culturelle des Maisons. En sécurisant ces capacités de production critiques, Kering ne se contente pas d’intégrer un fournisseur ; le groupe sanctuarise un savoir-faire rare et une capacité d’innovation en prototypage qui définiront l’esthétique joaillière de la prochaine décennie. Comme le souligne Luca de Meo, CEO de Kering, cette alliance reflète une détermination à façonner l’avenir du secteur en s’appuyant sur un héritage riche et un engagement envers la traçabilité et la durabilité. Pour l’esthète contemporain, cette intégration garantit que l’objet possédé n’est pas seulement le reflet d’une image, mais le fruit d’une cohérence parfaite entre l’intention créative et la réalité de la matière.

Related Articles