Avec un nouveau diamètre de 36 mm et un cadran « dune white » inspiré du Dakar, Tudor étoffe sa collection Ranger. Une extension qui interroge la place de la montre-outil dans un marché saturé de complications superflues.
En 1952, Tudor envoie des montres Oyster Prince aux membres de la British North Greenland Expedition. Les explorateurs reçoivent des carnets où consigner, jour après jour, l’écart de précision de leur garde-temps par rapport au signal horaire de la BBC. Les exemplaires sont lubrifiés avec une huile dite « arctique » et livrés avec des extensions de bracelet pour un porter par-dessus les parkas. Cette méthodologie — le test de terrain comme preuve ultime — fonde l’identité de la Manufacture du Locle.
Soixante-dix ans plus tard, la Ranger perpétue cet héritage sous une forme épurée. Le nouveau modèle, proposé en 36 mm ou 39 mm, refuse l’escalade des diamètres qui caractérise une partie de la production contemporaine. Le boîtier en acier 316L, entièrement satiné, affiche une sobriété volontaire. Le cadran « dune white », au rendu mat et grené, évoque les pistes du Rub’ al Khali traversées par les équipages du Dakar — épreuve dont Tudor est partenaire.
La complexité comme risque
La philosophie de la Ranger repose sur un axiome simple : la complexité augmente les risques de défaillance. Dans le désert saoudien, une panne mécanique sépare l’arrivée de l’étape d’une nuit de solitude et de froid. La montre-outil obéit à la même logique. Trois aiguilles, un calibre manufacture, aucune complication inutile.
Les calibres MT5400 (36 mm) et MT5402 (39 mm) intègrent un spiral en silicium amagnétique et un balancier à inertie variable maintenu par un pont traversant à double ancrage. La certification COSC garantit une précision de –4 à +6 secondes par jour sur le mouvement seul ; Tudor s’impose –2 à +4 secondes sur la montre assemblée. La réserve de marche de soixante-dix heures — dite « weekend-proof » — permet de poser la montre le vendredi soir et de la reprendre le lundi sans remontage.
Un héritage graphique préservé
L’appellation « Ranger » remonte à 1929, trois ans après le dépôt de la marque « The Tudor » par Hans Wilsdorf. L’esthétique actuelle — grands chiffres arabes à 3, 6, 9 et 12 heures, aiguilles en forme de flèche, trotteuse à pointe bordeaux — se stabilise dans les années soixante. La version avec bracelet intégré, baptisée Ranger II, apparaît en 1973. Cette continuité graphique sur six décennies constitue un cas d’école de cohérence identitaire.
Les index peints — noir sur fond « dune white », beige sur fond noir mat — rappellent les cadrans d’origine. La finition satinée du boîtier et du bracelet, interrompue par le seul pourtour poli de la lunette, renforce le caractère instrumental de l’objet. Le fermoir « T-fit » permet un ajustement rapide sur 8 mm, sans outil — détail utile lorsque le poignet gonfle sous l’effet de la chaleur ou de l’altitude.
Le tissu comme signature
Le bracelet en tissu, alternative au métal, est tissé sur des métiers Jacquard à navette du XIXe siècle par l’entreprise Julien Faure, à Saint-Étienne. Ces machines, incapables de produire en grande série, confèrent au ruban une densité et une souplesse que les métiers modernes ne reproduisent pas. Le motif — vert olive avec bandes centrales rouge et beige — évoque les sangles d’équipement militaire sans en revendiquer explicitement les codes.
Cette insistance sur le détail technique, plutôt que sur l’argument de prestige, distingue Tudor dans le paysage horloger. Un catalogue des années soixante-dix présentait la Ranger au poignet d’un bûcheron ayant « choisi sa montre avec le même soin que sa tronçonneuse ». L’image, triviale en apparence, résume une posture : l’outil précède le symbole.
À partir de 2 875 francs suisses pour la version 36 mm sur tissu, la Ranger maintient également l’engagement d’accessibilité formulé par Wilsdorf dès 1946. Une garantie de cinq ans, transférable et sans contrôle intermédiaire, complète la proposition. Dans un marché où la complication justifie souvent l’inflation tarifaire, cette retenue calculée constitue peut-être la véritable audace.













