Depuis son intégration au giron du Groupe Bollinger en 2022, le Domaine Hubert Brochard opère une mutation silencieuse. Avec le millésime 2024 du Château de Fontaine-Audon, la Maison de Chavignol ne livre pas seulement un Sancerre, mais la preuve liquide d’un changement de méthode.
L’année 2024 ne fut pas clémente pour le vignoble sancerrois. Entre un hiver pluvieux, un printemps marqué par la pression du mildiou et une floraison perturbée par le vent, la climatologie a imposé une sélection drastique et des rendements faibles. Pourtant, c’est précisément dans cette contrainte que le Domaine Hubert Brochard a choisi d’affirmer sa nouvelle rigueur technique. Ce millésime pose les bases d’une approche où la viticulture, désormais certifiée ou en conversion biologique sur 21 hectares, prime sur le volume.
La rupture technique
Loin des standards de l’appellation qui privilégient souvent la rapidité, Rodrigo Zamorano, directeur du site, a orchestré une complexification de l’élevage. La rupture avec le millésime précédent est nette : là où 2023 était vinifié intégralement en inox, 2024 introduit une partition des contenants. Si l’acier inoxydable reste majoritaire à 75 % pour préserver la tension, 22 % des jus ont été travaillés en vieux fûts de chêne français et 3 % en amphore.
Cette diversification vise à donner de la profondeur à une matière première concentrée par un été frais et une maturation lente. Le temps de l’élaboration s’étire également : l’élevage a été porté à huit mois, soit deux de plus que l’année précédente, pour laisser au vin le temps de se ciseler.
La géologie sans calcaire
Le Château de Fontaine-Audon tire sa singularité d’une anomalie géologique pour la région : l’absence de calcaire. Situées à l’est de Sainte-Gemme-en-Sancerrois, les vignes s’ancrent dans un sol de silex reposant sur une argile rouge compacte. Cette configuration, documentée par des fosses pédologiques creusées depuis 2022, induit une minéralité verticale, stricte, dictée par la silice.
Le travail au chai, incluant un pressurage gravitaire sans égrappage et des fermentations parcellaires en petites cuves, a pour unique but de traduire cette austérité minérale sans la masquer. Le résultat est un vin de garde, marqué par une acidité structurante et des notes de pierre à fusil, témoins d’un terroir qui ne pardonne pas l’à-peu-près.
Alors qu’un nouveau chai gravitaire doit voir le jour pour le millésime 2025, ce 2024 agit comme un manifeste de transition : moins de volume, plus de temps, et une précision accrue dans le geste.
Le Détail : Le tri manuel Dans une logique de « qualité sur quantité », le Domaine a instauré pour ce millésime un double tri drastique. Les raisins sont triés une première fois à la vigne lors de la récolte manuelle (du 23 septembre au 2 octobre), puis une seconde fois sur table au chai. Une pratique qui élimine tout doute sanitaire pour ne garder que le fruit sain.


