La maison japonaise fait son entrée au Grand Prix d’Horlogerie de Genève avec Face of Tasaki, une montre rectangulaire qui traduit en acier brossé et nacre la géométrie flottante de ses cultures d’huîtres. Une première incursion dans la haute horlogerie qui interroge les frontières entre joaillerie et mesure du temps.
Il y a quelque chose de presque anachronique dans la démarche de Tasaki. Alors que la plupart des joailliers qui s’aventurent dans l’horlogerie cherchent à habiller des mouvements existants de pierres et de métaux précieux, la maison de Kobe a choisi de développer son propre calibre. Le FK:μ:T001, conçu en collaboration avec l’horlogère indépendante Fiona Krüger, bat au cœur d’un boîtier dont les proportions — 24 sur 35,6 millimètres pour 6,2 millimètres d’épaisseur — évoquent moins les codes de la manufacture suisse que ceux de l’architecture vernaculaire japonaise.
La géométrie de l’attente
Sur les eaux des îles Kujukushima, près de Nagasaki, les fermes perlières de Tasaki dessinent depuis 1959 des rectangles de caillebotis où les huîtres Akoya accomplissent leur lente métamorphose. C’est cette trame flottante, cette grille patiente qui a inspiré le dessin de la Face of Tasaki. Les ponts du mouvement reproduisent en miniature l’agencement des structures d’élevage ; la masse oscillante, visible côté cadran, évoque une perle en suspension — ce que les concepteurs nomment « floating pearl ». Le temps de la nacre, celui des dix-huit mois nécessaires à la formation d’une perle, trouve ici son écho mécanique dans les 38 heures de réserve de marche du calibre.
Un mouvement propriétaire, fabriqué en Suisse
La montre est intégralement produite en Suisse par un réseau de sous-traitants spécialisés — un choix qui, selon Tasaki, « soutient l’artisanat, garantit la traçabilité et limite l’impact environnemental en réduisant les transports ». Le mouvement mécanique à remontage automatique oscille à 25 200 alternances par heure, une fréquence qui permet un compromis entre précision et longévité. La masse oscillante en platine, partiellement masquée par un élément circulaire mobile du cadran, constitue l’un des détails techniques les plus aboutis de l’ensemble.
Détail — Le bracelet en cuir de pomme, matière végétale issue des déchets de l’industrie agroalimentaire, participe d’une démarche de production responsable que Tasaki applique depuis plusieurs années à ses fermes perlières : traçabilité des matériaux, fabrication à petite échelle, réduction de l’empreinte carbone.
La nacre comme signature
Déclinée en nacre blanche ou noire, en laque ou en teintes métalliques mates, la Face of Tasaki affirme l’ADN d’une maison qui, depuis sa fondation par Shunsaku Tasaki en 1954, a fait de ce matériau organique le cœur de son identité. Premier producteur mondial de perles Akoya, seul joaillier japonais à posséder ses propres fermes perlières, Tasaki contrôle l’ensemble de la chaîne de valeur — de la culture des huîtres jusqu’au sertissage final. Cette maîtrise verticale, rare dans l’industrie du luxe, explique peut-être l’audace du passage à l’horlogerie.
Une reconnaissance genevoise
La sélection parmi les finalistes du GPHG 2025, dans la catégorie Time Only — celle des montres affichant uniquement les heures et les minutes —, marque une reconnaissance par l’establishment horloger suisse. Le prix de cette catégorie, lors de la cérémonie du 13 novembre au Bâtiment des Forces Motrices, est finalement revenu à Daniel Roth pour son Extra Plat Souscription. Mais la présence de Tasaki aux côtés de maisons comme Audemars Piguet, Breguet ou Chopard signale une ambition : celle d’inscrire l’esthétique joaillière japonaise dans la grammaire de la haute horlogerie.
La question reste ouverte de savoir si cette première incursion annonce une collection pérenne ou demeure un exercice de style isolé. Ce qui est certain, c’est que Tasaki a choisi de ne pas simplement « faire de l’horlogerie », mais de traduire en mécanisme ce qui constitue son identité profonde : le rapport au temps long, à la matière vivante, à la géométrie de la patience.




