Il existe dans les archives de la Maison, au cœur d’un registre daté de 1908, une écriture qui lie chaque numéro de clé à son possesseur. Ce document, témoin d’une personnalisation originelle, sert aujourd’hui de boussole à la collection Monogram Origine. À l’occasion des 130 ans de son emblème, Louis Vuitton ne se contente pas d’une célébration mémorielle ; la Maison déploie une analyse technique et sensorielle de sa propre identité à travers trois expressions distinctes : Origine, VVN et Time Trunk. Ici, le signe ne se contente plus d’identifier l’Objet, il en devient la matière première, évoluant de la fibre de lin à l’illusion numérique.
La Rigueur du Geste s’exprime avec une acuité particulière dans la série Monogram Origine. Délaissant les textures conventionnelles, la Maison a élaboré une toile de nouvelle génération composée d’un mélange de lin et de coton. Cette matière, dont la finition satinée évoque la résine des malles anciennes, conjugue une souplesse contemporaine à une résistance accrue. Les nuances choisies — Vert Asnières, Rose Ruban ou Bleu Courrier — ne sont pas de simples variations chromatiques, mais des références directes à l’essence historique du malletier. Le lien avec l’innovation technique est scellé par l’apposition de la signature manuscrite de Louis Vuitton, extraite du brevet de la Malle Plate de 1867, sur les porte-adresses exclusifs.
L’exigence du cuir naturel, ou VVN (Vache Végétale Naturelle), constitue le second pilier de cette exploration. Depuis 1880, la Maison cultive une expertise singulière de ce cuir non traité, dont la pureté interdit toute approximation lors de la découpe. L’intérêt de cette pièce réside dans sa dimension temporelle : le tannage végétal permet à l’Objet de développer une patine lumineuse qui documente l’usage et le passage des années. Pour l’esthète, le Speedy ou l’ Alma en VVN ne sont pas des objets figés, mais des créations vivantes dont la densité chromatique évolue en dialogue permanent avec leur propriétaire.
Enfin, la collection Time Trunk interroge la pérennité par le prisme de l’illusion. Initiée par Nicolas Ghesquière, cette approche utilise des photographies haute définition de pièces d’archives pour créer un trompe-l’œil saisissant sur la toile. Les rivets, les coins métalliques et les incrustations de cuir sont reproduits avec une fidélité qui trouble la perception tactile. Dans ce dialogue entre le passé et le futur, chaque modèle porte une étiquette gravée de son année de création, intégrant l’histoire du voyage dans une esthétique radicalement contemporaine. En 130 ans, le Monogram a cessé d’être une simple protection contre la contrefaçon pour devenir une culture en soi, capable de se réinventer sans jamais trahir la rigueur de sa genèse.



















