Home ModeFashion Week Fashion Week Masculine Printemps/été 2019 : Jour 3 Tous décontractés

Fashion Week Masculine Printemps/été 2019 : Jour 3 Tous décontractés

by Manon Renault 23 juin 2018 0 comment

Image: Instagram #virgilabloh

Décontracté, détendu : le soleil brille, et les gens se rassemblent aux terrasses des cafés pour crier après les écrans télés. Une séduisante insouciance a rempli l’air. Tout tend à nous persuader, que nous pouvons finalement être nous même. Que la société s’est débridée, et que les codes ne nous obligent plus à paraître : il nous suffit juste d’être. Les émotions ont pris le pas sur les conventions. Le cool, ce sont les choses simples. C’est se prendre dans les bras à la fin du défilé Vuittoncar oui « un truc » historique vient de se passer. Pourtant ce n’est pas en restant les mains dans les poches qu’ Abloh a atteint ce poste, que Rihanna gère d’une main de fer Fenty ou que Kayne  est devenu gourou des arts. Travail constant, rigueur, précision : des concepts qui sont loin du simulacre selon lequel le cool est un « je ne sais quoi », qui ne s’apprend pas. Quelque chose qui tient du don.

La question : Pourquoi le cool, le casual et la simplicité sont-ils décrits comme des dons ? Qui croit encore crûment à ce récit du « naturel » ? À destination de qui ce récit du « just be yourself » s’adresse t-il?  

Come as you are, Rick Owens est resté lui-même, tout comme YOHJI YAMAMOTO avec un noir d’une poésie pleine de lumières-que d’oxymores. De son côté Boris Bidjan Saberi crée des capes à des guerriers argentés, naviguant entre noir et blanc. Une palette plus réduite ? Plus Simple ? L’erreur serait de croire que casual rime avec simplicité, que monochrome rime avec absence de lueur. D’ailleurs le prisme de lumière blanche de Virgil Abloh l’illustrait. La complexité de la lumière blanche : elle se compose de toutes les longueurs d’ondes.  En somme il faut toutes les couleurs. Pour une politique de la représentation égalitaire casual: il faut être tous représentés.


DRIES VAN NOTEN, ce qu’il reste des années d’insouciance

Découvrir un style inconnu, un style censuré. À la fin des années 1980, les ex-pays de l’union soviétique s’emparent des symboles du style californien. Berkeley, les manif anti-ségrégations, la fin de l’insouciance des années 60. La découverte se fait de manière différée, 20 ans séparent ces styles. Shorts de plages et imprimés orange/marron. Des couleurs de Tv film allemands tapissent les costumes Dries Van Noten. Lunettes teintées qui permettent de se protéger du monde et d’avoir des airs d’étudiants vivant dans une caravane. En investissant le Berkeley made In Urss, Dries Van Noten montre que la notion de cool, et de détente est relative à une forme d’opposition à l’encontre des politiques de répressions. En rien une affaire pour habiller des gens passifs. Dries Van Noten ou le folkore d’un « casual » venu d’ailleurs, d’un autre temps. Just be Yourself rime avec politique. Arborer un tailloring pyjama: tout un statement.

 

AMI ALEXANDRE MATTIUSSI : L’enfance en Friche

Dans Moonrise Kingdom, Wes Anderson crée une plage pour abriter Suzy et Sam de la folie des adultes. Habillée en robe pastelle, Suzy écoute Françoise Hardy et blesse les garçons à coup de ciseaux pour gauchère. Calme et insouciante ?!

Sur le BO du film, Ami Alexandre Mattiussi nous immisce dans un champ de blé. Les mannequins s’y baladent, avec leurs bobs oversizes, leurs capes cirées et leurs bermudas. Ils n’ont rien de travailleurs : alors décontractés? Le costume des champs s’est transformé en costumes tailoring. Plusieurs lectures s’offrent à nous. Le paysan s’est-il libéré de son costume stéréotypé ? Ou le capitalisme a t-il bouffé l’ensemble des champs de blé » bio » pour en faire son terrain de jeu. Que de questions, que de points d’interrogations ? Sous des airs de temps de l’amour et des vacances Ami alexandre Mattiussi nous montre que l’habit pour aller aux champs a changer. En plus des travailleurs, il y a les promeneurs en villégiature pour qui la « campagne » est devenue un apparat du cool lié à une appartenance sociale.

ISSEY MIYAKE: Le vêtement solaire

Dans les années 80, la France se passionne pour la rigueur des plissés d’Issey Miyake. Le secret de ce succès : un goût commun de la France et du  Japon pour la simplicité. Une simplicité qui ne s’improvise pas. Toutes les pièces, des pantalons en lin, aux vestes sportwear sont le résultat d’heures de recherches. Si le casual existe, alors il faut regarder du côté de cette collection crée par Yusuke Takahashi. Les tenues s’enchaînent, et personne ne pense masculinité, classe sociale: le vêtement éradique toutes connotations sur les conventions. Les pièces vivent purement et simplement, et se regardent pour elle-même. En remettant constamment la matérialité du vêtement au centre de sa réflexion, Issey Miyake accompli un travail qui pousse à réfléchir sur une manière d’être soi, en étant lumineux.


Avoir l’air décontracté : tout un travail

L’injonction à être soi ne se limite plus à la sphère privée. Elle envahit l’espace du travail pour le meilleur comme pour le pire. Si tout le monde pense être détaché des normes sociales, de nouvelle manière de dire son insouciance se créent. Chez Issey Miyake, le travail de construction du vêtement, transcende ces questions. En revanche, habiller les classes supérieures d’un sportwear classes moyennes sur les terres de l’ancienne classe paysanne , ou prendre des sacs Ikea pour ranger des liasses de billets. Cela questionne sur les nouvelles formes du costume de la domination économique. Just be yourself : OK , mais tout le monde ne peut pas l’atteindre. La vie est faite de vêtements et de costumes…

Images : Le costume du Gymnaste -l’habit du créateur chinois Li-Ning . Comment la chine travaille t-elle le corps ? 

 

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