Home Art de vivreCulture Rencontre : MARCELL VON BERLIN, Berlin année 2.0

Rencontre : MARCELL VON BERLIN, Berlin année 2.0

by Manon Renault 14 avril 2018 0 comment

Marcell Von Berlin, veut des femmes à milles paillettes, des femmes qui font la fête. De celles qui se hissent sur des talons hauts, prêtent à danser jusqu’à ne plus sentir leurs jambes. Seul le son des bouteilles de champagne dirige les mouvements de leurs corps. Un tableau de l’exubérance des plaisirs, patiné d’un vernis bien brillant en plein coeur de Berlin. Si ce contraste culturel et esthétique semble tenir du burlesque : alors il est cohérent avec Berlin. Ville cinématographique, ville historique qui n’a cessé de se réinventer en agrégeant avant-gardisme, et histoire.

Rosselinni Allemagne Année zéro, 1948

Malgrès la noirceur, Berlin sort toujours de l’ombre. La scène mode à Berlin ? Elle prend peu à peu vie et semble vouloir générer une lumière, une lumière si forte, désirée avec une telle ardeur, qu’elle peut être un brin aveuglante. Rencontre avec l’un de ces protagonistes, Marcell Von Berlin,  qui lui-même opère un retour à l’année zéro .

Pour cet article, je remercie l’équipe de Marcell Von Berlin qui m’a permis de me rendre à Belin pour découvrir la collection,
Je remercie LA MAISON Victor Schilly & Friends GmbH,
ainsi que Karoline Krause pour son accueil.

True Berlin Story

Après le défilé, des grand-mères distribuent des pains de viandes, tandis que des filles remplissent leurs pochettes de créateurs d’Haribo, et que le champagne vient rincer les gorges après les bouchées de Kebab «  Pour moi Berlin c’est tout cela. Les stands de bonbons me rappellent mon enfance: il y a toutes les sucreries typiques qu’on se partage quand on est gosse à Berlin. Les pains de viandes : c ‘est ma grand-mère ». Marcell Von Berlin est ému : il vient de présenter sa nouvelle collection à la presse. Intitulée « Rebord », elle marque l’entrée dans une nouvelle ère pour le créateur, qu’il fallait symboliser par  « la fête et la danse, des corps qui se donnent en toute liberté ». Un savoir-faire décliné dans une esthétique affranchie des conventions : soit l’ ADN de la marque qui voit le jour en 2011. À la manière d’un artiste de cabaret, Marcell Von Berlin fait de son nom de scène le nom de sa marque  -comme pour faire corps. Formé auprès de maisons Américaines aux accents streetwear, (Alexander Wang, Michael Kors), Marcell travaille le style américain pailleté, et décide de l’adapter à la culture Berlinoise. Robes courtes à milles sequins .« J’étais fou de joie quand j’ai vu Katy Perry porter mes créations, ou des filles sublimes comme Alessandra Ambrosio ». Red Carpet, Photo call, Hollywood : le ferment de la première étape du rêve de jeune designer. Ce reborn est-il un retour vers un style aux accents plus Berlinois ?  «  Je veux proposer des vêtements encore plus frappants et faire des combinaisons encore plus surprenantes tout en les rendant accessibles (…) C’est super de voir ses créations sur le corps de célébrités mais j’ai envie de toucher d’autres publics ».  Une politique de démocratisation de la paillette américaine qui prend pour figure de proue le street wear. Soit une mode qui ne se limite pas à des frontières locales. Après tout, le style Berlinois c’est quoi ? 

 

Sprechen Sie Streetwear ? 

Berlin année zéro : la population s’est reconstituée après les guerres, puis après la chute du mur de Berlin. En somme la population se réagrége en fonction des conditions socio-politiques en permanence. Cela influe sur l’esthétique de la ville: de la musique, aux vêtements en passant par l’architecture. En 1989, une moitié de la population écoute les groupes américains et boit du Coca tandis que l’autre boit le cola approuvé par le comité. La dualité n’est pas une barrière. Entre pans industriels désaffectés envahient par les subcultures, et les soirées clubbing fluo: le style des berlinois se nourrit d’influences qui ont pour point commun l’adaptation dans un élan d’amour. La génération post-89 vit dans cette soif de découvrir les mondes  » J’ai adoré voyager mais j’aime encore plus faire voyager les gens dans Berlin. Vous pouvez venir et revenir : la ville change constamment. Des scènes disparaissent , les styles se conjuguent » soit une euphorie des styles pour Marcell. Il semblait donc logique que le streetwear; tendance globale, trouve une place dans l’architecture de la mode berlinoise.Dans le défilé, cela se traduit par l’opulence des logos, les coupes des pantalons ou encore les matières des vêtements. Pourtant Marcell Von Berlin ne se limite pas à un éloge amoureux de l’ère streetwear sportwear des milléniales.  » C’est du street-couture (…)des vêtements confortables, mais de précisions ».

À l’heure actuelle la mode la plus démocratique, selon moi, c’est le streetwear

 

La fabrique de la haute couture : un street wear rétro futuriste

Le langage de la couture s’adapte au streetwear- ou l’inverse ?. C’est dans cette idée de « savoir-faire » accolé à l’histoire française de la mode que Marcell s’inspire  » le New Look de Dior: une révolution. C’est une esthétique qui me parle et dont je ne veux pas me détacher. Je rêve de voir un défilé Chanel, et le savoir-faire couture injecté avec modernité dans les collections Balmain d’Olivier Rousteing m’impressionne ». Pour le designer c’est dans la tradition française de la haute-couture que des pistes s’ouvrent pour réinventer le streetwear. À la base populaire, ce style devient le dada des créateurs qui le hisse au rang d’objet précieux en le marquant des symboles de la haute-couture. Un chemin à rebours, dont le but et de créer un alliage entre « vêtements précieux est vêtements quotidiens ». En 2018 : le confort précieux s’adresse t-il à tous ?

Si Christian Dior révolutionne la mode avec le New Look , il s’adresse à une classe particulière. Ce ne sont pas toutes les femmes qui peuvent se payer l’élégance Dior. À Berlin, cette histoire de la haute-couture n’existe pas. Il semble que pour Marcell la haute-couture ne soit pas marquée de ces questions de classes sociales : c’est avant tout un lieu qui permet de rêver. Mais également une réponse à la consommation excessive «  À l’heure actuelle tout change si vite. Les gens n’ont plus le temps de rêver et de s’attacher aux choses. Les vêtements ne sont pas des Kleenex ». Une révolte entendue. Finalement les bandes élastiques imprimées Marcell Von Berlin se tissent dans un élan amoureux. Elles enveloppent le streetwear de paillettes pour que celui-ci ne s’évapore pas dans les nuages des tendances.

 

« Il est important de sentir le savoir-faire lorsque vous vous saisissez d’une pièce; sentir qu’elle est travaillée. Pour moi il s’agit d’un respect et d’un amour du corps » Marcell von Berlin


Hemingway ; Paris est une fête : désormais le monde entier est une fête ? Toutes les villes peuvent prétendre à la légèreté mais n’oublions pas d’ouvrir les yeux sur les réalités …

En combinant street wear et couture, Marcell Von Berlin relance une politique de l’amour des corps. Féminins ou masculins, tous dansent ensemble à la fin du défilé. Cette marque ne souhaite pas simplement vendre des vêtements, mais devenir l’écrin d’une fête permanente dans laquelle la couleur, la classe sociale et le genre ont perdu toutes importances. Avec les paillettes toutes les illusions peuvent être dites.

 

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