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Olives grecques biologiques en cuisine : pâte, farce, structure — au-delà de la tapenade

by pascal iakovou
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Il y a une différence entre déposer des olives sur un plat et les incorporer à sa structure. La première relève du dressage. La seconde, d’une décision technique.

La recette des tagliatelles aux olives noires biologiques grecques illustre ce déplacement avec une précision que peu de préparations méditerranéennes atteignent : 100 grammes de pâte d’olives noires biologiques mélangés à 600 grammes de farine type 00 et cinq œufs fermiers. La pâte est pétrie jusqu’à consistance soyeuse, puis abaissée à l’épaisseur d’une carte de crédit — la mesure n’est pas rhétorique, elle conditionne la tenue à la cuisson. L’olive n’aromatise pas les pâtes. Elle en constitue la structure même, colorant la mie d’un gris ardoise caractéristique, modifiant le comportement de la pâte à l’eau bouillante par sa teneur en matières grasses.

Ce que la pâte d’olives fait à la farine

La pâte d’olives noires biologiques — obtenue par broyage des fruits dénoyautés sans adjonction d’huile ni d’additifs dans sa version la plus rigoureuse — introduit dans la matrice glutineuse une quantité de lipides insaturés qui modifie l’élasticité du réseau. Le résultat est une pâte moins extensible qu’une pâte classique, qui nécessite un temps de repos au réfrigérateur de trente minutes pour que le gluten se détende. La congélation est possible directement après façonnage, avant cuisson.

Le calzone aux olives Kalamata biologiques pousse le raisonnement plus loin encore. La garniture associe 400 grammes d’olives dénoyautées et coupées en quartiers, 400 grammes de feta râpée, huit cuillerées de pâte d’olives étalée sur la surface intérieure de la pâte à pain avant pliage. La Kalamata, mûrie à pleine maturité sur l’arbre, présente une chair suffisamment dense pour résister à quinze minutes de cuisson à 220 °C sans se réduire en purée — ce que ne permettrait pas une variété récoltée verte.

La farine de maïs et la Chalkidiki

Le gâteau salé à base de 500 grammes de farine de maïs, feta, ricotta et 250 grammes d’olives vertes Chalkidiki biologiques dénoyautées relève d’une tradition grecque continentale distincte des préparations côtières à l’huile d’olive. La cardamome moulue (une cuillerée à café) et le poivre rose fraîchement moulu introduisent des notes aromatiques qui tranchent avec la minéralité de l’olive verte. La cuisson en deux temps — trente minutes couvert à 180 °C, puis trente minutes à découvert — permet à la croûte de farine de maïs de sécher sans que la garniture ne dessèche. La préparation, selon les indications, est meilleure réchauffée le lendemain : le temps de repos homogénéise l’humidité entre la garniture et la croûte.

Ce que ces trois recettes partagent, c’est une façon de traiter l’olive non comme une note mais comme une fondation. La cuisine grecque contemporaine, longtemps réduite à ses clichés estivaux, travaille depuis plusieurs années à une réhabilitation par la matière. L’olive biologique — dont la certification européenne interdit toute correction aromatique post-récolte — contraint le cuisinier à composer avec ce que le fruit est réellement, sans correction possible.

C’est précisément cette contrainte qui l’intéresse.


La Chalkidiki récoltée avant maturité contient un taux d’oleuropéine plus élevé que les variétés à maturité complète. L’incision mécanique pratiquée à la récolte — dite « cracking » — accélère la diffusion de la saumure et réduit l’amertume en trois à vingt jours selon l’épaisseur du fruit. En cuisine à haute température, cette structure plus ferme la rend préférable aux variétés noires pour les préparations longues.

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