Quand une pièce de série devient objet de collection, elle cesse d’appartenir à son époque. Ce que le Cavallino Classic 2026 révèle sur le statut de Riva dans l’imaginaire du luxe italien.
Il existe un geste rare dans le monde des objets de collection : offrir comme récompense une pièce détachée d’un objet plutôt que l’objet lui-même. C’est ce que Riva Classiche a fait à Palm Beach, en février 2026, lors de la 35e édition du Cavallino Classic : le lauréat du Ferrari Elegance Award a reçu un volant d’Aquarama. Pas une maquette, pas un livre, pas une plaque. Un volant.
Le geste dit quelque chose de précis sur le statut qu’a acquis l’Aquarama — le runabout en acajou lancé en 1962 par Carlo Riva — dans la culture matérielle du luxe. Ce bateau, conçu à Sarnico sur le lac d’Iseo, fabriqué à partir de bois de mahogany hondurien collé en couches croisées, propulsé par deux moteurs Crusader V8, est devenu l’une des rares pièces de production industrielle italienne du XXe siècle à être traitée comme un objet d’art à part entière. Ses volants, ses compteurs de bord, ses ferrures en acier inoxydable poli — chaque composant circule aujourd’hui sur le marché des pièces de collection à des prix que la production originale n’aurait pas anticipés.
Ce que Ferrari et Riva partagent
Le Cavallino Classic n’est pas n’importe quel concours d’élégance. Fondé il y a trente-cinq ans autour de la Prancing Horse, il réunit des collectionneurs dont la pratique du patrimoine automobile relève moins du loisir que d’une forme d’érudition matérielle — provenance, numéros de série, authenticité des composants, traçabilité des restaurations. C’est dans cet environnement, très exigeant sur la question de l’original, que Riva a choisi de présenter une Aquariva Super dans la lagune de The Boca Raton et d’aligner une Dolceriva, une Riva 88′ Folgore et une Riva 76′ Perseo Super pour le Tour d’Elegance.
La convergence n’est pas fortuite. Ferrari et Riva partagent une même période fondatrice — les années cinquante et soixante, l’Italie de la reconstruction économique, la rencontre entre ingénierie de performance et sens aigu de la forme. Enzo Ferrari et Carlo Riva se connaissaient. Les mêmes clients achetaient les deux.
Détail — L’Aquarama original utilisait deux moteurs Crusader V8 développant 225 chevaux chacun, pour une longueur hors-tout de 8,18 mètres. Sa construction en acajou lamellé-collé nécessitait plusieurs semaines de séchage entre chaque couche. La coque était poncée à la main avant chaque application de vernis — entre douze et quinze couches selon les versions.
Riva Classiche, la division créée pour préserver et restaurer les bateaux d’époque de la maison, maintient cette tradition de traitement de l’objet comme patrimoine vivant. L’Aquarama que l’on restaure à Sarnico aujourd’hui n’est pas une pièce de musée — c’est un bateau que l’on remet à l’eau. Ce qui le distingue du simple objet de collection, et rapproche peut-être Riva de ce que font les grandes maisons d’horlogerie avec leurs services de restauration : garantir la continuité d’usage de ce qu’elles ont fait.










