Home Food and WineVins et SpiritueuxHouse of Hazelwood : L’inventaire dormant de la famille Gordon

House of Hazelwood : L’inventaire dormant de la famille Gordon

by pascal iakovou
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Alors que l’industrie du whisky écossais rationalise ses stocks, la Maison House of Hazelwood dévoile, pour sa collection de février 2026, des assemblages expérimentaux des années 1960. Une plongée dans les archives de Dufftown qui remet en question les dogmes de la maturation.

L’histoire du whisky s’écrit souvent au passé, mais rarement avec une telle précision documentaire. House of Hazelwood n’est pas une distillerie, mais la gardienne d’une mémoire : celle de la famille Gordon, établie à Dufftown depuis près d’un siècle. Contrairement aux logiques de marché qui imposent des gammes permanentes et des profils gustatifs standardisés, cette collection fonctionne comme une bibliothèque d’anomalies et d’essais techniques, conservés dans des chais en terre battue jusqu’à leur point d’équilibre.

L’anomalie du « Blended at Birth »

La pièce maîtresse de cette livraison de février 2026 illustre une pratique aujourd’hui disparue : l’assemblage à la naissance. Le flacon Blended at Birth contient un liquide distillé en 1965. Contrairement à la méthode canonique où whiskies de grain et de malt vieillissent séparément avant d’être mariés, ces deux eaux-de-vie ont été assemblées à l’état de new make (alcool blanc) avant d’être entonnées.

Ce protocole, rarissime, modifie la structure moléculaire du spiritueux. Après 56 ans de maturation conjointe en chêne américain, les marqueurs distincts du malt et du grain ont fusionné pour créer un profil organoleptique impossible à reproduire par un assemblage tardif. Limité à 192 exemplaires, ce whisky n’est pas seulement vieux ; il est le témoin d’une méthode de production obsolète.

Archéologie industrielle

La collection explore également les territoires oubliés du grain. The Cask Trials, un Single Grain de 1968, documente une expérimentation audacieuse pour l’époque : le vieillissement prolongé d’un whisky de grain (habituellement destiné aux blends de consommation courante) dans un fût de Xérès (Sherry butt) de premier remplissage. Âgé de 53 ans, ce liquide de Girvan contredit la légèreté habituelle du grain pour offrir une texture dense, marquée par le chêne européen.

Plus loin dans l’inventaire, The Lost Estate (43 ans) et The Eight Grain (40 ans) assemblent des jus provenant de distilleries désormais silencieuses ou détruites. Ces bouteilles ne sont pas de simples produits de consommation, mais des fragments d’un tissu industriel écossais qui n’existe plus.

La liberté du temps long

La singularité de House of Hazelwood réside dans son absence de contrainte temporelle. Jonathan Gibson, directeur de la Maison, précise la philosophie de ces éditions : « Contrairement à la majorité des producteurs […], nous n’avons aucune obligation de commercialiser un whisky à un âge ou un style précis à une date donnée. ».

Cette absence de pression commerciale permet de pousser les maturations au-delà des standards habituels de 12, 18 ou 25 ans, pour n’embouteiller que lorsque le fût dicte sa loi. Une approche curatoriale qui transforme chaque tirage – souvent limité à quelques centaines d’exemplaires – en un chapitre final et définitif. Une fois le flacon ouvert, l’histoire ne se répétera pas.


Détail : La chimie de l’assemblage précoce

La technique du « Blended at Birth » utilisée pour la cuvée 1965 diffère fondamentalement du « Blended Scotch » classique. Dans la majorité des cas, le mariage (l’assemblage des fûts) s’effectue quelques mois avant la mise en bouteille pour harmoniser les arômes. Ici, la co-maturation pendant plus d’un demi-siècle permet une oxydation lente et simultanée des alcools de grain et de malt. Le résultat est une intégration totale des composants, créant une texture huileuse et une complexité que la simple juxtaposition de vieux whiskies ne peut imiter.

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