Du quinze au dix-sept février 2027, Wine Paris confirme une mutation observée en 2026 : le passage d’une foire professionnelle à un forum où se négocient les équilibres commerciaux internationaux de la filière. L’édition 2026, inaugurée par Emmanuel Macron, a réuni quatre cents responsables publics — dont vingt-et-un ambassadeurs et des représentants de la Direction générale du commerce et de l’agriculture de la Commission européenne. Cette présence institutionnelle n’est pas protocolaire. Elle traduit le rôle croissant de Wine Paris comme chambre d’écho des tensions géopolitiques qui redessinent les routes du vin et des spiritueux.
Le commerce comme continuation de la diplomatie
Trois tables rondes ont structuré l’édition 2026 autour d’enjeux qui dépassent largement la logistique commerciale : les accords de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur d’une part, les droits de douane américains et les tensions commerciales internationales d’autre part. Ces débats positionnent Wine Paris non comme un lieu de transaction, mais comme un espace où se formulent les stratégies d’adaptation d’une filière confrontée à l’imprévisibilité des marchés. La présence de parlementaires européens issus de groupes politiques distincts confirme que le salon est devenu un point de convergence où s’observent — et parfois se négocient — les arbitrages entre protection des terroirs et accès aux marchés tiers.
Rodolphe Lameyse, directeur général de Vinexposium, l’organisation qui pilote Wine Paris, formule cette évolution sans ambiguïté : « Dans un monde en profonde mutation, la filière a plus que jamais besoin de lieux capables de conjuguer commerce, influence et réflexion collective. » Cette phrase résume le basculement d’un modèle d’exposition vers un modèle de forum. Les vingt-cinq mille neuf cent cinquante-huit rendez-vous professionnels programmés via la plateforme de business matching — en hausse de vingt-huit pour cent — illustrent certes une intensification commerciale. Mais les cent douze mille quatre cent soixante-deux professionnels qui se sont croisés pendant trois jours n’étaient pas uniquement là pour conclure des contrats. Ils venaient chercher des signaux sur les équilibres futurs entre régions productrices, zones de consommation et corridors réglementaires.
L’écosystème Vinexposium comme modèle de soft power sectoriel
Wine Paris s’inscrit dans un système plus large déployé par Vinexposium — ensemble de salons couvrant vins, spiritueux, bières, cidres, cocktails, ready-to-drink et alternatives sans alcool. Cette architecture reflète l’évolution des usages et des modèles de consommation : Be Spirits a réuni trois cent soixante-dix exposants de trente-neuf pays (cinquante-trois pour cent internationaux), en progression de vingt-huit pour cent. Be No, univers entièrement dédié au sans-alcool, a rassemblé soixante-quatre exposants de treize pays présentant plus de deux cent cinquante étiquettes dans un espace de dégustation libre. Ian Thomson, fondateur de Thomson & Scott Naughty (Royaume-Uni), souligne que « en sept ans d’existence, nous n’avions jamais eu l’opportunité de rencontrer autant de personnes venant de pays aussi variés — comme l’Indonésie, l’Argentine ou le Canada — en un laps de temps aussi court. »
Cette internationalisation — cinquante-et-un pour cent des visiteurs et cinquante-et-un pour cent des exposants viennent de l’étranger — ne se limite pas à un effet de volume. Elle traduit une recomposition géographique des flux : producteurs, négociants, importateurs, distributeurs et acheteurs internationaux trouvent à Wine Paris un point de convergence unique pour développer des affaires à l’échelle mondiale. L’arrivée de nouveaux acteurs internationaux, conjuguée à la fidélité des grands noms du secteur, renforce l’attractivité du salon au moment où les canaux de distribution traditionnels se fragmentent.
Un forum médiatique et réflexif
Les mille huit cent quatre-vingt-quatorze médias issus de quarante-neuf pays — dont cinquante-sept pour cent internationaux, en hausse de vingt-cinq pour cent — confirment la portée mondiale des débats et des dynamiques qui s’expriment à Wine Paris. Ce n’est plus uniquement un salon que l’on couvre ; c’est un espace où se confrontent analyses économiques, stratégies d’adaptation et visions prospectives. Le programme de l’Academy a proposé deux cent trente-neuf animations — conférences, tables rondes et masterclasses — dédiées à l’innovation, aux stratégies de marque, aux tendances de consommation, à la mixologie, aux dynamiques des marchés émergents et au développement du no/low.
Wine Paris 2027, prévu du quinze au dix-sept février, poursuivra cette dynamique internationale en accompagnant les transformations du marché et en consolidant son rôle d’infrastructure pour l’avenir des vins et spiritueux. Le salon n’est plus un rendez-vous : il est devenu une plateforme stratégique où se construit la vision collective du secteur.





































