Pour l’automne-hiver deux mille vingt-six, doublet choisit un point de départ radical : l’air. Invisible, instable, difficile à saisir. La collection AIR ne cherche pas à illustrer ce thème, mais à le transformer en matière, en contrainte technique et en méthode de travail.
Chez doublet, le concept n’est jamais décoratif. AIR naît d’une confrontation très concrète avec des matériaux issus de l’atmosphère elle-même : fils produits à partir de CO₂ capturé, résines biosourcées créées par des micro-organismes capables d’absorber des gaz à effet de serre, encres dérivées du carbone des gaz d’échappement. Des matières littéralement extraites de ce que l’on ne regarde jamais.
Les notes de défilé insistent sur la difficulté du processus, et ce point mérite d’être pris au sérieux. Les fils issus du CO₂ se comportent de manière imprévisible : rétractation excessive à la chaleur, variations selon les conditions de transformation, textures impossibles à stabiliser. Même les développeurs de ces technologies doutaient de leur capacité à devenir des vêtements portables. On est loin du discours lisse sur l’innovation durable. Ici, l’expérimentation précède la narration .
Ce qui intéresse doublet n’est pas tant le résultat final que le chemin. La collection se construit autour de l’idée que chaque échec, chaque détour, chaque hésitation fait partie du processus — comme une respiration. L’air n’est plus seulement une ressource ou un symbole, mais une métaphore du temps long nécessaire à l’innovation. Avancer, reculer, recommencer. Jusqu’à ce que « ce qui ne fonctionnait pas hier » commence à tenir aujourd’hui.
Formellement, cette approche se traduit par des pièces qui donnent une présence à l’impalpable. Les volumes semblent parfois suspendus, les surfaces irrégulières, comme si la matière conservait la mémoire de sa résistance. Les vêtements ne cherchent pas la perfection industrielle ; ils assument une forme de tension interne. L’objet porte les traces de son élaboration.
AIR n’est donc pas une collection à message écologique frontal. Doublet ne revendique ni solution, ni exemplarité. Le geste est plus subtil : montrer que derrière chaque technologie célébrée se cache une somme d’essais ratés, et que persister dans cette zone d’incertitude relève presque d’un acte créatif en soi. Continuer parce que c’est « intéressant », non parce que c’est immédiatement rentable ou valorisable.
Cette position rejoint l’ADN de la Maison, qui a toujours fait de l’absurde, du décalage et de l’expérimentation des outils sérieux. Ici, l’étrangeté ne vient pas d’un motif ou d’un slogan, mais du matériau lui-même, instable par nature. Le vêtement devient un état transitoire, une tentative figée à un instant donné.
AIR relie ainsi le présent à un futur encore informe. Une collection née de l’air, mais surtout de la croyance que l’échec répété peut être productif. Dans un paysage de mode souvent obsédé par le résultat, doublet choisit de documenter le processus. Et rappelle que, parfois, créer consiste simplement à ne pas abandonner.








































