Pour sa collection Automne-Hiver 2026/2027, Sébastien Meunier s’éloigne des rumeurs du monde pour explorer une forme de claustration créative. En s’appuyant sur l’ouvrage de Joris-Karl Huysmans, À Rebours (1884), le créateur ne livre pas une simple référence littéraire, mais une étude sur la construction de l’artifice. Cette proposition intervient deux ans après la relance de sa Maison éponyme, marquant une volonté d’ancrer le vêtement dans une temporalité longue, où le geste technique prime sur la narration numérique.
L’archéologie du tailoring
La silhouette de cette saison se définit par une précision anatomique héritée du passé. Sébastien Meunier décline des vestes d’inspiration dandy dont les pinces saillantes rappellent la rigueur des pourpoints médiévaux. Ce travail de coupe se poursuit avec des vestes courtes évoquant le doublet de la Renaissance, tandis que les manteaux croisés adoptent le profil des habits de cour. Le détail le plus remarquable réside dans le dos des pièces : des fentes profondes reprennent la structure des redingotes de la Belle Époque, permettant une superposition de couches que le créateur compare à des strates archéologiques. Ici, le vêtement ne se contente pas de couvrir le corps ; il l’architecture selon des codes aristocratiques détournés.
La matérialité du silence
Le choix des textiles souligne une volonté de confrontation entre noblesse ancestrale et traitements contemporains. Les laines mérinos traditionnelles issues du Yorkshire rencontrent des dentelles autrichiennes et des applications de dentelle de Calais sur la veste Napoléon, pièce signature de la Maison. L’exécution technique refuse la facilité : les plastrons et les cols sont renforcés par du crin de cheval, garantissant une tenue qui ignore la mollesse des tendances actuelles. Les boutons, recouverts de tissu, sont fixés par un point central unique, un détail de bienfacture qui signale une attention presque cérémonielle à l’objet.
Le détail technique La structure interne : Les plastrons de la collection utilisent un entoilage traditionnel en crin de cheval. Cette méthode, par opposition au thermocollage industriel, permet une mémoire de forme naturelle et une respiration du vêtement, essentielle pour maintenir les lignes nettes des silhouettes inspirées du XIXe siècle.
Contrastes et spectres
Le dialogue s’établit également par l’opposition des textures. Le denim à effet brûlé côtoie la soie, le gros-grain et les rubans de moiré. Cette tension est accentuée par l’intervention de la créatrice anversoise Mirjam Van den Akker. Ancienne collaboratrice de la Maison Ann Demeulemeester pendant trois décennies, elle apporte son expertise du flou pour créer des silhouettes en voile de soie. Ces pièces féminines, traitées comme des apparitions, viennent rompre la rigueur des structures tailleur par leur fragilité technique. En évitant l’écueil de la théâtralité, Sébastien Meunier propose une garde-robe où l’idée de corruption — au sens de Wilde — devient un processus d’élévation par le savoir-faire.



































