Aspen, Colorado, premier février 2026. Sous la pleine lune des Rocheuses, les invités de Moncler Grenoble enfilent leurs casques et traversent la forêt en motoneige. Au bout du trajet : un défilé sur neige damée, des projections lumineuses sur les trembles, et une collection Automne/Hiver qui raconte moins un style qu’une trajectoire commune. Celle de Moncler, née à Grenoble en 1952 pour équiper les travailleurs de montagne, et celle d’Aspen, petite ville minière du Colorado reconvertie à la même époque en capitale du ski, de l’architecture moderniste et du bohème chic. Deux histoires parallèles qui n’avaient jamais cherché à se croiser — jusqu’à ce soir-là.
Le choix d’Aspen n’est pas anecdotique. Alors que Moncler fabriquait ses premiers anoraks matelassés dans les Alpes françaises et équipait les premières ascensions de l’Himalaya, Aspen attirait athlètes olympiques, écrivains, architectes du Bauhaus en exil et icônes hollywoodiennes. La montagne y devenait autre chose qu’un terrain de sport : un foyer d’idées, un lieu où l’on venait autant pour skier que pour débattre, construire, créer. Cette double fonction — performance technique et raffinement culturel — est précisément ce que Moncler Grenoble revendique aujourd’hui.
La collection AW26 matérialise cette convergence par le textile. Le loden, étoffe de laine foulée profondément ancrée dans la tradition alpine européenne, occupe une place centrale. Cette matière, imperméable sans traitement chimique grâce à sa densité de fibres, était portée par les bergers autrichiens et les gardes-forestiers tyroliens bien avant que Moncler n’existe. À côté, le tweed texturé — héritage écossais réinterprété — dialogue avec le tartan américain, symbole de la vie entre intérieur et extérieur dans les chalets des Rocheuses. Moncler ne choisit pas entre Europe et Amérique : la marque superpose les deux vocabulaires.
Détail
Les broderies florales faites main qui ornent cols de vestes et poches de pantalons s’inspirent des costumes alpins traditionnels autrichiens et bavarois (Tracht), où chaque fleur brodée indiquait autrefois la vallée d’origine du porteur. Ce travail d’aiguille, réalisé point par point, nécessite entre huit et douze heures par pièce. Moncler l’applique ici sur du loden traité pour résister à moins vingt degrés — une alliance technique rare entre savoir-faire artisanal et performance contemporaine.
La feuille de tremble (Populus tremuloides), emblème d’Aspen (la ville tire son nom de l’arbre), se décline en imprimés, matelassages en relief, mailles jacquard et découpes laser. Ce détail botanique traverse toute la collection — non comme un logo appliqué, mais comme un motif structurel. On le retrouve même sur une carte artistique dessinée à la main, déployée sur foulards et intarsia de vestes de ski, qui cartographie lieux, faune et rituels d’Aspen. Cette approche narrative — raconter un territoire par ses symboles naturels plutôt que par des slogans — inscrit la collection dans une logique de lieu plutôt que de tendance.
Les silhouettes s’inspirent de l’Amérique des années cinquante, époque où l’esthétique américaine commençait à influencer la mode mondiale. Vestes cintrées à la taille, volumes arrondis aux épaules, détails western (passepoils, franges découpées au laser, épaules renforcées pour porter les skis) : Moncler réinvente ces codes par le matelassage en duvet. L’époque où les vêtements techniques reposaient sur laine, coton et matières naturelles est revisitée via la technicité actuelle de la marque : tissus imperméables, coupe-vent, respirants, conçus pour accompagner chaque mouvement sur terrains extrêmes.
La collaboration renouvelée avec WHITESPACE, la marque de Shaun White — snowboarder olympique et ambassadeur Moncler Grenoble — se matérialise par un nouveau coloris de snowboard co-créé. Cette alliance entre une maison de luxe française et un athlète américain icône du freestyle illustre la stratégie de Moncler : ne jamais opposer performance et élégance, technique et récit.
Le flagship ouvert à Aspen à l’occasion de cette collection — premier magasin américain de la ligne Grenoble — s’inscrit dans cette même logique d’ancrage territorial. Conçu comme un « environnement immersif inspiré par le paysage local », il prolonge l’expérience au-delà du vêtement. Moncler ne vend pas seulement des doudounes : la marque propose une vision de la vie en montagne où passé et futur coexistent.
Reste une question : cette convergence entre héritage alpin européen et culture américaine des Rocheuses produit-elle un style nouveau, ou une juxtaposition d’influences ? Les broderies florales tyroliennes sur denim technique, le loden associé au tartan, la peau lainée à longs poils portée avec des détails western — autant de rencontres qui fonctionnent mieux en storytelling qu’en cohérence stylistique pure. Mais peut-être est-ce justement le projet de Moncler Grenoble : fabriquer un « patrimoine futur » (l’expression figure dans le dossier de presse) en mélangeant volontairement des codes que rien n’obligeait à se croiser.
Aspen et Grenoble, 1952. Deux montagnes, deux trajectoires, soixante-quatorze ans plus tard réunies sous la pleine lune du Colorado. Ce que Moncler célèbre ici n’est pas tant une collection qu’une idée : celle que la montagne, qu’elle soit alpine ou rocheuse, reste un territoire où performance, culture et élégance peuvent encore dialoguer sans hiérarchie.




























































































































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