Une exploration de la Maison berlinoise qui transforme le stigmate social en un nouvel apparat de résistance.
L’ironie comme héritage
Le luxe naît parfois d’une fin brutale. Pour Luke Rainey, fondateur de DAGGER, le point de bascule se situe en 2020, entre une lettre de licenciement impersonnelle et trois cents euros d’allocations. De cette rupture est né le slogan « All the Best », détournement d’une formule de politesse bureaucratique devenue le cœur battant d’un t-shirt iconique. Ce geste radical transforme l’exclusion professionnelle en une appartenance culturelle. Chez DAGGER, le vêtement ne se contente pas d’habiller ; il porte les cicatrices d’un système, réinterprétées avec une assurance distanciée.
La géographie du souvenir
La collection Play Hard agit comme une transcription textile de Portrush, ville balnéaire ouvrière du nord de l’Irlande. Ici, l’esthétique est celle des genoux écorchés, des arcades condamnées et du brouillard côtier. Le luxe réside dans la patine de l’expérience, dans la capacité d’un objet à raconter une identité forgée par la rareté. Les pièces de la collection ne cherchent pas la perfection, mais célèbrent la fragilité et les bords francs, reflets d’une jeunesse où le skate servait de monnaie d’échange.
Détail technique La Maison collabore avec des objets mémoriels : le sac à dos Eastpak, réplique d’une pièce d’enfance couverte de dessins et de patchs cousus main, devient un symbole de survie et d’appartenance. Cette démarche est complétée par des versions personnalisées à la main des classiques de Vans, soulignant le caractère unique du geste artisanal sur l’objet industriel.
La transformation rituelle
Le nom DAGGER, emprunté à la lame cérémonielle des rituels païens, souligne cette obsession pour les cycles. Chaque création est pensée comme un passage entre une fin et un commencement, une manière de porter fièrement les récits qui nous façonnent.
Dans cet univers, l’objet devient un témoin silencieux d’une vie habitée, rappelant que l’élégance contemporaine se trouve peut-être dans la vérité d’une couture qui accepte de vieillir.




































