Home ModeFashion WeekMontblanc à Milan : écrire le voyage, poser le geste

Montblanc à Milan : écrire le voyage, poser le geste

by pascal iakovou
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Un matin milanais, au Salone dei Tessuti. La lumière est douce, presque feutrée. Des wagons apparaissent, alignés comme une pensée en mouvement. Chez Montblanc, la présentation de la maroquinerie Automne/Hiver 2026 ne commence pas par des sacs, mais par une idée : le voyage comme trajectoire intérieure.

Depuis plus d’un siècle, la Maison lie ses objets à l’acte de partir. Partir pour écrire, écrire pour comprendre. À Milan, ce récit prend une forme architecturale. L’espace est conçu comme un train immobile, composé de wagons successifs. Chaque module correspond à une étape, une variation sur le thème du déplacement. Le décor prolonge l’univers du court-métrage Let’s Write, réalisé par Wes Anderson, où l’écriture devient un cheminement plus qu’un résultat.

Au centre, le bureau Montblanc. Conçu par le directeur artistique Marco Tomasetta, il n’est pas présenté comme un meuble mais comme une origine. C’est là que tout commence : la page blanche, l’idée encore informe, le geste qui précède l’objet. Placé sous l’arbre d’écriture — réinterprété cette saison comme un arbre à souhaits — il rappelle que, chez Montblanc, l’écriture reste un acte physique, presque rituel. Les invités sont invités à tracer quelques mots avec un calligraphe. Rien de spectaculaire. Juste le temps nécessaire pour ralentir.

Cette attention portée au geste se retrouve dans la maroquinerie. Pour l’Automne/Hiver 2026, la Maison privilégie des structures souples, des finitions discrètes, une palette chaude : Ebony, Bauxite, Red Oak, Honey. Des couleurs qui absorbent la lumière plutôt qu’elles ne la reflètent. La ligne Writing Traveler, devenue signature, s’étoffe. Le porte-documents se décline désormais en cuir grainé, accompagné de formats plus compacts, pensés pour un usage quotidien et mobile. Chaque compartiment répond à une logique précise : instruments d’écriture, carnets, montres, câbles. Le sac comme extension du bureau, le bureau comme compagnon de route.

Le motif Extreme, habituellement graphique et affirmé, est ici adouci. Travaillé en cuir de veau lisse, il donne naissance à des sacs à dos et des week-enders plus flexibles, conçus pour accompagner le mouvement sans l’entraver. À côté, le tissu technique Montblanc — introduit la saison précédente — revient dans des formes légères : sacs Panorama, crossbody, ceintures, soulignés de détails en cuir contrasté. Le luxe n’est pas dans la démonstration, mais dans l’aisance.

Enfin, Art of the Desk prolonge la réflexion. Papeterie, accessoires, objets de bureau explorent la possibilité d’un espace de travail personnel, presque intime. Daim Honey, plateaux sculpturaux, carnets inspirés des archives : l’écriture s’inscrit dans le quotidien, sans solennité excessive.

À Milan, Montblanc ne cherche pas à séduire par l’événement. La Maison préfère installer une continuité. Le voyage n’est pas une destination. C’est une discipline. Un geste répété. Une manière d’avancer, phrase après phrase. 

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